Il y a un an, jour pour jour, le 18 juin 2009, à Cherbourg, le juge Marc Trevidic, chargé d’enquêter sur l’attentat de Karachi, le 8 mai 2002, avait qualifié de « cruellement logique » la piste d’un acte terroriste lié à un contentieux financier, et non pas un attentat lié à Al-Quaïda, comme le juge Bruguière, son prédécesseur, l’avait d’abord privilégié.

Un an plus tard, ce vendredi 18 juin 2010, le juge Trévidic doit à nouveau rencontrer les familles de victimes de l’attentat, au Palais de justice de Paris, pour faire le point sur son enquête, alors qu’une nouvelle plainte avec constitution de partie civile notamment pour « corruption active et passive » vient d’être déposée auprès du doyen des juges d’instruction par l’avocat de six familles de victimes, Me Olivier Morice. Objectif de cette plainte : qu’un magistrat indépendant puisse enquêter sur l’aspect strictement financier (et les éventuelles rétro-commissions), lié à l’attentat de Karachi.

Parmi les éléments qui avaient réorientée l’enquête du juge Trévidic sur l’attentat de Karachi : un rapport baptisé « Nautilus » , rédigé pour le compte de la DCN en 2002, mais soigneusement gardé au secret, depuis, par la Direction des constructions navales (rebaptisée DCNS en 2007, suite à son rapprochement avec Thalès). Ce rapport, découvert lors d’une perquisition dans le cadre d’une autre procédure judiciaire décrivait l’attentat de Karachi comme une vengeance de militaires pakistanais, avec liaison avec l’ISI (les services de renseignement pakistanais), en représailles aux non-versements de commissions dans la vente en septembre 1994 de sous-marins « Agosta » au Pakistan par la France.

Mais un autre élément -jusqu’ici resté dans l’ombre- de ce rapport « Nautilus » décrit également l’étrange action souterraine de l’Arabie Saoudite .

Ecoutez le reportage de Benoît Collombat

Ou lisez le script de ce reportage.

C'est le point numéro 2 du rapport Nautilus daté du 14 octobre 2002, 5 mois après l'attentat de Karachi.

L'ancien membre de la DST, Claude Thévenet, qui rédige ce rapport pour le compte de la Direction des constructions navales fait clairement référence à une possible intervention financière d'un prince saoudien.

« Le prince saoudien Sultan bin Khaliffa a effectué un don (ou serait sur le point de la faire) », auprès des familles de victimes de l'attentat.

« Son but, écrit l'auteur du rapport, est d'amadouer la DCN dans le cadre de l'achat de frégates furtives dont il tiendrait absolument à doter son pays. »

Même si les familles ne toucheront finalement aucun argent saoudien, cette éventualité couchée noir sur blanc interpelle la fille d'une des victimes de l'attentat, Magali Drouet...

Pourquoi aurait-il souhaité nous indemniser si l'Arabie Saoudite n'avait pas un rôle à jouer là-dedans ? Et pourquoi l'Etat français l'aurait empêché de le faire s'il n'y avait pas un intérêt français aussi de ce côté là ? Pourquoi un pays-tiers pourrait avoir envisagé de "faire taire" les familles à coup de million ? Cela nous a fait penser, à beaucoup de parties civiles, avec ce qui s'est passé avec l'attentat du DC 10 où les familles ont été indemnisées par l'Etat libyen. On s'est posé la question de savoir si Bin Khaliffa n'était pas quelque part, entre guillemet, notre Kadhafi.

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Deux mois après le contrat pakistanais, suivi de près par Riyad (selon le rapport Nautilus, c'est l'Arabie Saoudite qui aurait « subventionné l'essentiel du contrat pakistanais »), deux mois plus tard, était signé le contrat Sawari 2 : la vente par la France de frégates à l'Arabie Saoudite, contrat beaucoup plus important : 3 milliards d'euros, contre 840 millions d'euros dans le contrat pakistanais, avec les mêmes réseaux d'intermédiaires et les mêmes soupçons de rétro-commissions.

Interrogé par la justice le 14 mai 2009 sur cette possible intervention du prince Saoudien Sultan bin Khaliffa, l'ancien directeur financier de la branche internationale de la DCN, Gérard-Philippe Menayas, s'est borné à ce seul commentaire : « Il y avait une proximité entre l'Arabie Saoudite et le Pakistan ».

Une piste à creuser dans l'attentat de Karachi.

> Lire les deux points du rapport Nautilus du 14 octobre 2002 où il est question de "l’indemnisation des familles de victimes de l’attentat de Karachi".

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