Montand
Montand © Radio France / Stéphane Korb

Patrick Rotman est curieusement dépourvu d’esprit critique, quand il célèbre Montand.

Du vivant de l’acteur-chanteur, il co-écrit avec Hervé Hamon, une biographie de Montand on ne peut plus hagiographique et son documentaire,"Ivo Livi, dit Yves Montand" renouvelle cet exercice d’admiration totale. Rien sur les dérives de Montand, qui après la mort de Signoret a tendance à se prendre pour un homme politique, rien sur les intellectuels et politiques Semprun, Kouchner, Garaud, Glucksmann qui ont largement profité de sa notoriété et de sa naïveté pour faire de lui leur porte-voix, rien sur sa jalousie maladive à l’égard des copains acteurs ou chanteurs dont le talent l’inquiétait, le menaçait. Dommage! Une fois ses réserves passées, il faut reconnaître le grand talent d’écriture de Rotman et de son équipe, le mélange très fluide et pertinent d’archives sur le saltimbanque et sur l’histoire de son temps, du fascisme italien aux révolutions à l’Est. Très juste, la manière qu’a le documentariste de décrire l’ardeur d’un homme à donner le meilleur de lui même. Montand en veut, dès l’adolescence. Besoin de prendre sa revanche sur sa naissance, lui, le fils pauvre d’émigré italien débarqué à Marseille, ce qui l’amène à chercher à séduire, un homme d’abord, Réda Caire, le Trénet des années 40 (rien là-dessus dans le documentaire) puis Piaf et Signoret, ce qui le pousse aussi à travailler, travailler, travailler.

Il est beau et délicat ce dessin d’un homme en recherche qui ne se ménage pas (le comédien meurt d’ailleurs d’un infarctus, sans doute usé par son perfectionnisme.)

D’abord imitateur de Donald ou Trénet, le grand dégingandé de Marseille construit un répertoire, chante les poètes, devine à l’instinct la bonne chanson et travaille le show puis, laborieusement, le métier d’acteur.

Le film détaille les progrès de Montand le travailleur, engueulant pour calmer sa terrible angoisse son pourtant fidèle et dévoué pianiste Bob Castella. La colère et la mauvaise foi, on les devine, en creux.

Engagé comme personne dans chaque tour de chant ou chaque rôle, Montand impose le respect. Quand on le voit lancer ses grandes jambes dans « Luna Park », faire la roue chez Apollinaire, dessiner de sa grande main le corps d’une femme en interprétant « Sanguine », de Prévert, on est fasciné par « ce monstre qui est en scène », comme il se nomme lui même, ce monstre qui le dévore.

C’est un film magnifique sur un artiste au travail, un artiste à l’ancienne, un artiste du siècle dernier.

Montand
Montand © Radio France / Stéphane Korb

Le documentaire "Ivo Livi dit Yves Montand" est diffusé le 8 novembre sur France 2, à 20h 35.

Un livre de photos de Stéphane Korb (le fils du parolier et chanteur Francis Lemarque) sur Montand à l'Olympia est édité chez JC Gawsewitch.

Thierry Neuvic
Thierry Neuvic © Radio France

Un film (un biopic) pourrait être tourné en 2013 par Christophe Ruggia ("le gone du chaâba"), produit par Jean Yves Livi, le producteur neveu du comédien. Thierry Neuvic incarnerait Montand. Le comédien a joué notamment dans la série "Mafiosa".

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