par Deborah Zabarenko

WASHINGTON (Reuters) - Les océans du globe s'acidifient actuellement à un rythme qui est sans doute sans équivalent depuis 300 millions d'années, ont déclaré jeudi des scientifiques de plusieurs pays.

Lorsqu'elle s'acidifie rapidement, l'eau de mer mine et finit par venir à bout des récifs coraliens, qui fournissent un habitat à d'autres formes animales et végétales. Il devient plus difficile, de même, aux huîtres et aux moules de se doter de coquilles. Cela perturbe aussi le développement des micro-organismes dont se nourrissent les poissons.

Le phénomène inquiète vivement Jane Lubchenco, directrice de l'Administration océanique et atmosphérique nationale des Etats-Unis, qui a procédé à plusieurs exposés sur l'acidification des océans lors d'audiences au Congrès.

Les océans s'acidifient lorsque la présence de carbone augmente dans l'atmosphère. Dans les temps préindustriels, cela se produit périodiquement et naturellement quand des poussées de carbone font augmenter la température moyenne du globe, écrivent des scientifiques.

Cela fut notamment le cas lors d'une très forte émission de carbone survenue voici 56 millions d'années, rappellent des chercheurs, dont les conclusions sont publiées par la revue Science.

Les activités humaines, et notamment les combustibles fossiles, ont fait passer la densité de carbone de 280 parties par million au début de la révolution industrielle à 392 parties par million aujourd'hui.

Afin de se représenter ce qu'a pu être l'acidification des océans pendant la préhistoire, 21 chercheurs américains, britanniques, néerlandais, allemands et espagnols ont étudié des "archives géologiques" de la planète remontant jusqu'à 300 millions d'années, en quête de traces de fortes perturbations climatiques.

Les événements qui semblent analogues à ce qui se passe actuellement correspondent à des extinctions d'espèces, comme lorsque un astéroïde géant a heurté la Terre et provoqué la disparition des dinosaures voici 65 millions d'années.

PLUS VITE QU'IL Y A 56 MILLIONS D'ANNÉES

D'autres extinctions massives sont signalées voici 252 et 201 millions d'années. La période de réchauffement de la Terre voici 56 millions d'années fut elle aussi marquée par une forte acidification des océans.

La période chaude qui dura autour de 5.000 ans voici 56 millions d'années fut vraisemblablement due à des facteurs comme un volcanisme intense.

Pour retracer de tels événements, les chercheurs ont étudié la couche de boue ensevelie sous l'océan Glacial Antarctique, au large du continent Antarctique. Prise en sandwich entre des couches de plancton fossile blanc, la boue marron laisse penser qu'alors, l'océan était si acide que le plancton fossile de cette période de 5.000 ans s'est dissous dans la boue.

Durant cette période-là, la quantité de carbone dans l'atmosphère a doublé et les températures moyennes ont grimpé de près de six degrés Celsius, ont conclu les chercheurs. L'acidité des océans a augmenté de 0,4 pH, sur l'échelle de 14 points de pH pendant ces 5.000 ans, estiment les scientifiques.

Cela s'est fait au rythme de 0,008 pH par siècle.

Il s'agit d'un réchauffement marqué et d'une acidification rapide, mais le phénomène est limité en regard de ce qui se passe sur Terre depuis le début de la Révolution industrielle voici un siècle et demi, déclare l'auteur de l'étude, Bärbel Hönisch, de l'observatoire terrestre Lamont-Doherty à l'université de Columbia.

Par contraste, au XXe siècle, l'acidification des océans a augmenté de 0,1 unité de pH et les auteurs de l'étude pensent que le pH va augmenter de 0,2 à 0,3 d'ici 2100.

Le Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, organisme de l'Onu) estime de son côté que les températures moyennes de la planète pourraient augmenter de 1,8 à 4 degrés Celsius au cours du XXIe siècle.

Eric Faye pour le service français

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