C'est le plus gros scandale politique depuis plus de 20 ans en Chine et son histoire est digne d'un James Bond. Bo Xilai, l'étoile montante du Parti communiste chinois (PCC), a été écarté du parti au printemps dernier. Premier secrétaire de la province de Chongqing, la plus grande ville du pays, il était considéré comme l’homme politique le plus doué de sa génération. A l’origine de sa chute, les révélations de son ancien bras droit, chargé à l’époque de diriger la police de Chongqing. Il dénonce des activités de corruption au sein de son ancienne équipe, ainsi que des écoutes téléphoniques illégales. Il assure aussi avoir dissimulé des preuves dans l’enquête sur le meurtre d'un homme d'affaires britannique. Une enquête qui a finalement abouti à la condamnation à la peine de mort avec sursis de la femme de Bo Xilai. Tout ça sur fond de guerre pour le pouvoir car le comité central doit élire neuf nouveaux membres au cours du mois d'octobre. Et Bo Xilai était pressenti pour y trouver une place.

Tout commence le 29 janvier 2012 avec une simple réprimande destinée à Wang Lijun, le chef de la police de la province de Chongqing et bras droit de Bo Xilai. Quelques semaines plus tard, le voilà qui se réfugie au consulat américain de Chengdu, après avoir été démis de ses fonctions. Il fait alors des révélations à la fois politiques et judiciaires.

Un cadavre encombrant

Gu Kailai
Gu Kailai © Reuters

Il affirme d'abord avoir dissimulé des preuves dans l'affaire du meurtre de Neil Heywood. Le corps de cet homme d'affaires britannique a été retrouvé dans un hôtel de la ville en novembre 2011. Wang Lijun assure avoir reçu un appel téléphonique de Gu Kailai, la femme de son mentor, lui avouant qu'elle avait tué Neil Heywood. Selon des sources policières, ce dernier aurait eu la charge de transférer une partie des profits financiers du couple à l'étranger. Depuis, Gu Kailai a été jugée et condamnée à la peine de mort avec sursis dans cette affaire. Mais en septembre, une médecin légiste renommée a fait part de ses doutes sur les conclusions de la mort. Pour elle, il ne s'agirait pas d'un empoisonnement au cyanure car Neil Heywood n'en présentait aucun signe quand la police a trouvé son corps. Mais les articles qu'elle a publiés sur son blog ont été censurés quelques jours après leur publication.

Des accusations encombrantes pour le parti

bo xilai
bo xilai © Reuters

En quittant ses fonctions, Wang Lijun ne se contente pas de mettre en cause la femme de Bo Xilai. Il accuse également son ancien mentor de pratiques illégales : corruption et mise sur écoute de personnalités politiques du pays. Ces charges sont très vite suivies d'effets puisque Bo Xilai est évincé de son poste de Premier secrétaire de la province de Chongqing et placé en résidence surveillée. Pendant plusieurs mois, l'homme politique le plus médiatisé du pays disparaît complètement des écrans. Difficile pour le parti qui l'a mené à ces hautes fonctions d'assumer un scandale de corruption alors que les inégalités sociales explosent dans le pays. D'autant que Bo Xilai s'était fait connaître pour sa lutte contre la mafia. Sous sa direction, plus de 2000 arrestations ont eu lieu dans le milieu du crime organisé. Sans oublier qu'il s'agit du fils d'un des huit Immortels, la première génération de leaders du PCC. Symboliquement, l'attaquer publiquement revient à ternir l'image des fondateurs du système politique actuel. En septembre, Wang Lijun a été condamné à 15 ans de prison pour défection, corruption et abus de pouvoir.

Bo Xilai écarté de la tête dirigeante

Cette affaire surgit alors que le XVIIIe Congrès du PCC doit justement se tenir le 8 novembre et élire les neuf membres du Comité permanent de son Bureau politique, la plus haute instance de Chine. Pour y être admis, il faut réunir plusieurs conditions précises : avoir moins de 63 ans, avoir eu une expérience ministérielle et avoir été premier secrétaire d'une province. Dans les faits, 11 personnes correspondent à ce profil mais Bo Xilai avait de grandes chances d'être élu. Or les luttes entre mouvements internes font rage dans le parti. Trois mouvances s'opposent : la Ligue communiste, menée par l'actuel président de la République Hu Jintao ; le "groupe de Shanghai", dirigé par l'ancien président Jiang Zeming ; et les "princes héritiers", dont fait partie Bo Xilai. L'accession de ce dernier au Bureau avait de quoi faire frémir une partie de ses concurrents car il ne cachait pas ses ambitions. Il voulait diriger seul le Bureau et en finir avec la gouvernance collective. Dans ces conditions, impossible de le laisser accéder à ces fonctions sans risquer l'éclatement du parti. Bo Xilai attend toujours son procès pour corruption, abus de pouvoir et relations inappropriées avec des femmes. L'audience pourrait avoir lieu dans les prochaines semaines mais ses soutiens laissent peser des soupçons de complot. La plupart de leurs sites internet ont été fermés.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.