Robert Boulin
Robert Boulin © DR

L’affaire Boulin : un « crime d’Etat »

Ces dernières années, France Inter a révélé à de multiples reprises de nouveaux éléments accréditant la thèse d’un assassinat de Robert Boulin.

D’abord, dans une enquête en trois volets, en octobre 2002 .

Première partie: où l’on apprend que Robert Boulin était menacé peu avant sa mort.

Deuxième partie : où l’on apprend que les écrits posthumes attribués à Robert Boulin sont sujets à caution.

Troisième partie: où l’on apprend que Jacques Chaban-Delmas ne croit pas au suicide de Robert Boulin, sans pouvoir le confirmer publiquement.

Ensuite, dans une investigation diffusée dans l’émission "Interception" en octobre 2003 , prolongée par une contre-enquête publiée aux éditions Fayard, en 2007

En octobre 2009 , un "droit de suite" sur l’affaire Boulin révèle de nouveaux témoignages.

Enfin, en janvier 2011 , l’un des juges d’instructions de l’affaire Boulin, Yves Corneloup, ancien conseiller à la Cour de Cassation, s’exprime publiquement, pour la première fois, en réclamant des expertises ADN et la désignation d’un nouveau juge d’instruction.

Une demande d’expertises ADN (notamment sur les lettres posthumes attribuées à Robert Boulin) est également réclamée par la famille du ministre, mais elle est rejetée par le Procureur général de la Cour d’appel de Paris, en juin 2010, dans des conditions rocambolesques. Les scellés judiciaires de l’affaire Boulin auraient été perdus, annonce le Procureur général, en même temps que la non-réouverture du dossier. Un mois plus tard, le ministère de la Justice annonce que ces scellés ont finalement été retrouvés…

L’affaire Boulin demeure "verrouillée" politiquement. Ainsi, une semaine avant la fin de non-recevoir du Procureur général Faletti, la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, avait déjà annoncé la non-réouverture du dossier Boulin !

Les précédentes demandes de réouverture du dossier de la fille de Robert Boulin se sont toutes, jusqu’ici, heurtées à un mur, comme en 2007 : le Procureur général de la Cour d’appel de Paris était alors un ancien conseiller justice de Jacques Chirac, Laurent Lemesle.

Un juge d’instruction pour l’affaire Boulin

Pourtant, à tout moment, le parquet pourrait décider de relancer les investigations dans l’affaire Boulin.

Petite explication : à la suite des investigations de Canal + (la contre-enquête "Robert Boulin : le suicide était un crime" de Bernard Nicolas et Michel Despratx qui relance l’affaire, en janvier 2002) et de France Inter, de nouveaux témoins ont été entendus par un policier, à partir de 2002, interrompant ainsi la prescription de dix ans qui menaçait d’engloutir définitivement le dossier judiciaire (le non-lieu datait à1992.)

Mais le parquet n’a pas, pour autant, décidé de confier à nouveau le dossier à un juge d’instruction.

Autrement dit : si l’affaire Boulin n’a pas encore été éenterrée" judiciairement, elle n’est pas pour autant relancée, puisque le parquet refuse jusqu’ici de rouvrir une information judiciaire, malgré les multiples éléments nouveaux. Il peut le faire à tout instant, puisque désormais la prescription court jusqu’en 2017 (les derniers témoins ont été entendus en 2007.)

Seul un juge d’instruction, indépendant du pouvoir politique, serait susceptible de diligenter les actes nécessaires à l’établissement de la vérité, de procéder à une reconstitution des faits, d’organiser des confrontations de témoins qui se contredisent, ou de diligenter des expertises poussées.

Le changement est-il pour maintenant dans l’affaire Boulin ? La question reste posée.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.