BENGHAZI/LE CAIRE, 12 septembre (Reuters) - L'ambassadeur des Etats-Unis en Libye et trois autres membres de la mission américaine ont été tués mardi soir à Benghazi, dans l'est du pays, lors de violentes manifestations contre une vidéo diffusée sur internet et jugée insultante pour le prophète Mahomet.

Les quatre hommes ont été tués après avoir quitté le consulat américain à Benghazi, pris d'assaut par les manifestants.

Deux d'entre eux ont péri dans une fusillade alors que des soldats américains tentaient de les évacuer d'une maison où ils s'étaient réfugiés, selon le vice-ministre libyen de l'Intérieur, Wanis al Charif. Les autres auraient été visés par des tirs de roquettes.

Le consulat américain de Benghazi, grande ville de l'Est libyen et berceau de l'insurrection contre Mouammar Kadhafi en 2011, a été pris d'assaut et incendié par des manifestants armés qui dénonçaient la diffusion sur internet d'une vidéo réalisée aux Etats-Unis et jugée blasphématoire par les musulmans.

L'ambassadeur Christopher Stevens et trois autres membres du personnel diplomatique américain ont été tués. Les corps des victimes doivent être transférés par avion à Tripoli.

La vidéo de présentation de J. Christopher Stevens à son arrivée à Benghazi

L'attaque, selon un responsable des services de sécurité libyens, aurait été menée par Ansar al Charia, un groupe islamiste sunnite très présent à Benghazi. Selon des témoins, la foule qui attaquait le consulat comprenait également des miliciens tribaux.

EXCUSES LIBYENNES

Une violente manifestation contre cette vidéo a également eu lieu mardi soir devant l'ambassade des Etats-Unis au Caire. Des manifestants ont escaladé la façade du bâtiment et jeté à terre la bannière étoilée, qu'ils ont brûlée.

La vidéo controversée présente le prophète Mahomet comme un imbécile, un homme à femmes et un imposteur et décrit l'islam comme un "cancer". __

La correspondance au Caire de Vanessa Descouraux

Barack Obama a ordonné un renforcement des mesures de sécurité autour des représentations diplomatiques américaines à travers le monde. Selon un responsable américain qui a requis l'anonymat, des "marines" vont être envoyés en Libye pour assurer la sécurité des intérêts américains.

Le président Barack Obama a promis, lors d'un point de presse à la Maison Blanche, que justice serait faite. Il a assuré que ce drame ne nuirait pas aux relations entre Washington et le nouveau gouvernement libyen.

"Ne vous y trompez pas: nous allons travailler avec le gouvernement libyen pour traîner devant la justice les assassins qui ont tué les nôtres", a dit le président aux journalistes réunis dans la roseraie de la Maison blanche, avec à ses côtés la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

La secrétaire d'Etat a imputé l'attaque à "un petit groupe de gens insensés".

Le président de l'Assemblée nationale libyenne a présenté des excuses aux Etats-Unis.

"Nous présentons nos excuses aux Etats-Unis, au peuple américain et au monde entier pour ce qui s'est passé", a dit Mohammed Magarief lors d'une conférence de presse retransmise en direct sur la chaîne de télévision Al Djazira.

Il a promis que les coupables seraient retrouvés et châtiés. "Personne n'échappera au châtiment", a-t-il dit.

"Les missions diplomatiques, les sociétés étrangères et les ressortissants étrangers en Libye sont sous la protection du pays et des forces de sécurité", a-t-il souligné.

LE RETOUR DU PASTEUR JONES

Le vice-Premier ministre libyen Moustafa Abou Chagour a dénoncé la "lâcheté" de l'attaque.

Le président afghan Hamid Karzaï a quant à lui dénoncé la nature "diabolique" de la vidéo et les autorités de Kaboul ont fermé le site internet YouTube qui la diffuse.

Au Liban, le groupe chiite Hezbollah a affirmé que la vidéo était une "agression" contre la foi et reflétait l'attitude de l'Occident envers l'islam.

Le Premier ministre égyptien, Hicham Kandil, a affirmé pour sa part que le gouvernement américain ne pouvait être blâmé pour la diffusion de la vidéo et a dénoncé l'attaque "injustifiable" de l'ambassade du Caire. "Les gens qui ont produit ce film minable n'ont aucun rapport avec le gouvernement des Etats-Unis", a-t-il dit.

Toujours en Egypte, l'Eglise copte orthodoxe a déploré dans un communiqué que certains de ses membres vivant à l'étranger, comme le rapportent les médias, aient pu financer "la production d'un film qui insulte le prophète Mahomet".

Le pasteur de Floride Terry Jones, qui avait soulevé la colère du monde islamique en 2010 en disant qu'il allait brûler des Corans en public, a annoncé qu'il avait participé à la diffusion de la vidéo, intitulée "L'innocence des musulmans", et qui aurait été produite par un promoteur israélo-américain.

Guy Kerivel pour le service français

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