Le ministre de la Défense et chef d'état-major de l'armée égyptienne, le général Abdel Fattah al Sissi, a proposé la tenue d'un "dialogue national" ce mercredi pour mettre fin à la crise politique qui secoue le pays.

"Le ministre de la Défense Abdel Fattah al Sissi appelle toutes les composantes du peuple à se réunir demain pour un dialogue national au village olympique", a dit un responsable militaire à Reuters.

Car l'armée s'inquiète de la situation. Dans la journée, des milliers de partisans et d'adversaires du président Mohamed Morsi sont à nouveau descendus dans les rues du Caire et d'Alexandrie en Egypte, à quatre jours d'un projet de référendum que l'opposition rejette catégoriquement.

La tension est particulièrement vive dans la capitale, où neuf personnes ont été blessées dans la nuit de lundi à mardi par des assaillants masqués qui ont ouvert le feu et jeté des cocktails Molotov sur des opposants campant place Tahrir, selon des témoins.

Des véhicules de police ont fait leur apparition autour de la place pour la première fois depuis le début de la mobilisation contre le décret pris le 22 novembre par Mohamed Morsi pour étendre de manière provisoire ses prérogatives, dans l'attente de l'élection d'un nouveau Parlement après l'adoption d'une Constitution.

Si le chef de l'Etat, issu des Frères musulmans, a finalement reculé sur ce décret face à la pression de la rue et de certains médias, il reste ferme en revanche sur la tenue samedi d'un référendum sur un projet de Constitution.

La crise politique en Egypte
La crise politique en Egypte © Radio France

L'opposition laïque et libérale a appelé à de vastes rassemblements ce mardi pour exiger le report de cette consultation au sujet d'un texte qui, à ses yeux, vise à imposer un carcan religieux à la société égyptienne.

Quelques dizaines de manifestants sont parvenus à abattre deux blocs de béton composant une partie de l'enceinte destinée à interdire l'accès aux abords du palais présidentiel. Des milliers de partisans de Mohamed Morsi se sont pour leur part rassemblés non loin de là, près d'une mosquée.

A Alexandrie, deuxième ville du pays, plusieurs milliers de manifestants des deux camps ont convergé vers des lieux différents. Les soutiens du pouvoir scandaient "Le peuple veut l'instauration de la loi islamique". Ses détracteurs criaient "Le peuple veut la chute du régime".

Islamistes et libéraux toujours sur le front

Sept personnes ont été tuées et plusieurs centaines d'autres blessées dans la nuit du 5 au 6 décembre lors d'affrontements entre adversaires et partisans de Mohamed Morsi.

Ce dernier a signé dimanche un décret conférant provisoirement à l'armée le pouvoir d'arrêter des civils afin de permettre la tenue du référendum. La mesure restera en vigueur jusqu'à la proclamation des résultats de la consultation.

Les personnes arrêtées par les militaires seront toutefois traduites devant des juridictions civiles, a précisé la présidence mardi.

Cette crise illustre les divisions de la société égyptienne entre islamistes et libéraux, apparues au grand jour depuis le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011.

"Cette révolution n'a pas été faite pour remplacer un dictateur par un autre", a affirmé à l'antenne de CNN Mohamed ElBaradeï, l'un des chefs de file du Front de salut national (FSN), coalition formée par l'opposition pour tenter d'obtenir le report du référendum constitutionnel.

Vainqueurs des diverses élections organisées depuis la chute d'Hosni Moubarak, les Frères musulmans semblent confiants dans leur victoire samedi, d'autant qu'ils misent sur la lassitude de la population à l'égard des troubles.

Des conséquences sur l'économie égyptienne

A sa demande, le nouveau pouvoir égyptien a obtenu le report de l'octroi d'un prêt de 4,8 milliards de dollars (3,7 milliards d'euros) de la part du Fonds monétaire international (FMI), le temps d'expliquer les mesures d'austérité impopulaires prises pour obtenir cette somme, a dit le ministre des Finances, Moumtaz al Saïd.

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