tombouctou sous le contrôle des forces franco-maliennes
tombouctou sous le contrôle des forces franco-maliennes © reuters

Les forces franco-maliennes ont repris sans combattre, dans la nuit de dimanche à lundi, la grande ville de Tombouctou dans le Nord-Mali, mais n'ont pu empêcher l'incendie d'une bibliothèque abritant de précieux manuscrits par les islamistes en fuite. Tombouctou, située dans la boucle du fleuve Niger, était tombée l'an dernier aux mains de rebelles islamistes qui y ont détruit des mausolées soufis. Les forces franco-maliennes ont reconquis la cité, classée au patrimoine mondial de l'Unesco, en 48 heures sans rencontrer de résistance.

Notre envoyé spécial Etienne Monin a suivi l'entrée des premiers blindés.

"Il y a eu cette nuit sur Tombouctou une action combinée avec appui aérien et moyens de renseignement - un Atlantique II et un drone", a expliqué à Paris le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l'état-major des armées françaises. "Un bataillon renforcé arrivant de Diabali et Léré s'est emparé de l'aéroport en coordination avec les forces maliennes." Simultanément, des militaires français ont été parachutés sur les arrières des forces djihadistes pour, avec l'appui d'hélicoptères, les empêcher de fuir vers le nord."Cela nous permet ce matin de contrôler les accès de Tombouctou, à charge maintenant pour les unités maliennes, de reprendre le contrôle administratif et sécuritaire de la ville", a ajouté le porte-parole. "On les appuiera si nécessaire."Un millier de militaires français ont participé à l'opération, ainsi que 200 Maliens, dont une cinquantaine de policiers et gendarmes, a-t-il précisé.

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Ils ont été accueillis à bras ouverts par la population.

Dravi Méga est adjoint au maire de la ville.

Le mode opératoire choisi - contrôler les accès de la ville sans engager de combat à l'intérieur - visait notamment à en préserver le patrimoine historique et religieux, a fait valoir le colonel Burkhard, qui n'a pas exclu qu'il y ait encore des djihadistes retranchés dans Tombouctou.

La France en train de "gagner la bataille" (François Hollande)

La France et ses partenaires sont en train de "gagner la bataille" pour libérer les villes du Mali et c'est maintenant aux Africains d'aider ce pays à retrouver son intégrité territoriale, explique François Hollande.

Écoutez son intervention, au micro de Cyril Graziani.

Le président français a précisé qu'il reviendrait aux troupes africaines de poursuivre l'offensive dans le nord du Mali, où sont déployés la plupart des islamistes. "Les Africains peuvent prendre le relais et ce sont eux qui iront dans la partie du nord", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à l'Elysée.François Hollande a répété que la France n'avait "pas vocation à rester au Mali" et qu'à terme, les Français ne seraient là que pour encadrer et former l'armée malienne."De la même manière que nous sommes montés en charge rapidement, nous reviendrons vers les bases de départ", a-t-il dit."Nous sommes en train de gagner cette bataille", a-t-il aussi déclaré, alors que les armées française et malienne viennent de reprendre le contrôle des villes stratégiques de Gao et Tombouctou.François Hollande a affirmé par ailleurs que les populations civiles avaient été "protégées" d'exactions, alors que plusieurs organisations de défense des droits de l'homme affirment que l'armée malienne s'est livré à des opérations de représailles.

Après les mausolées, une bibliothèque détruite

À Tombouctou, l'armée française n'a pas pu empêcher les saccages, plusieurs jours avant. Avant de fuir, des miliciens islamistes ont incendié une bibliothèque contenant des milliers de manuscrits inestimables, a déclaré le maire de Tombouctou."Les rebelles ont mis le feu à l'institut Ahmed Baba créé récemment par les Sud-Africains (...) Cela s'est produit il y a quatre jours", a déclaré à Reuters Haïlé Ousmane, joint par téléphone à Bamako. L'édile, dont le bureau a été saccagé, dit en avoir été informé par son chargé de communication, qui a quitté Tombouctou la veille. On ignore l'étendue des dégâts. Plus de 20.000 manuscrits, dont certains datent du XIIIe siècle, sont conservés à l'Institut Ahmed Baba, qui tient son nom d'un auteur local contemporain de Montaigne. Après la reconquête de Gao, c'est désormais toute la boucle du Niger qui est repassée sous contrôle des forces françaises et africaines, au 18e jour de l'opération "Serval" lancée pour stopper l'avancée des islamistes armés en direction de Bamako. "Les choses se passent comme prévu et ce qui est important c'est que le Mali, petit à petit, est libéré", a dit lundi le ministre français des Affaires étrangères sur France 2. Laurent Fabius a cependant admis que les djihadistes pratiquaient une "stratégie d'évitement" et que certains d'entre eux pouvaient remonter vers le Nord.

Mais justement, où sont les islamistes ? Les précisions de Simon Tivolle.

"Nous ne voulons pas nous enliser, il faut faire très attention à ça, nous tirons les leçons de toute une série de conflits", a-t-il ajouté. "Il n'y aura pas d'enlisement." Sur le plan de l'aide étrangère, le Royaume-Uni a proposé à la France d'accroître son aide aux troupes envoyées par Paris au Mali, mais n'envisage toutefois pas de participer aux combats.

2.900 soldats français sur place

Selon un bilan du ministère français de la Défense, la France a actuellement 2.900 soldats engagés au Mali et les contingents africains de la mission d'aide au Mali, la Misma, et du Tchad, totalisaient dimanche plus de 2.700 militaires. Plus à l'Est, les combattants touaregs du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) ont annoncé qu'ils contrôlaient Kidal, dernière ville du Nord-Mali avant la frontière avec l'Algérie, désertée par leurs anciens alliés islamistes. "Maintenant, c'est nous qui avons le contrôle", a déclaré à Reuters par téléphone de Kidal le chef militaire du MNLA, le colonel Mohamed Ag Najim. Interrogé sur la présence éventuelle d'islamistes à Kidal, dernier bastion des rebelles après la chute de Gao et de Tombouctou, il a répondu : "Ils sont partis." Le représentant du MNLA en Europe, Moussa Ag Assarid, dans un entretien au Figaro, a toutefois souligné que le mouvement était "en état de belligérance" avec l'armée malienne. "Nous ne demandons pas le départ de l'armée française, nous l'approuvons quand elle lance des frappes ciblées. Mais pas quand elle ramène l'armée malienne sur notre territoire, où elle a déjà commis des exactions, aidée par des milices ethniques", dit-il, ajoutant que le MNLA est prêt à discuter avec le gouvernement malien "sur la base de l'autodétermination" mais "avec la garantie de la communauté internationale". Le MNLA, d'obédience laïque, se bat pour l'autodétermination et l'indépendance du Nord-Mali, qu'il appelle Azawad.

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