L'Atelier de Patrick Taberna
L'Atelier de Patrick Taberna © Radio France / vincent josse

Une fillette de profil dansant sur un parquet avec la lumière comme partenaire, un arbre géant qui contraste avec le tout petit corps d'un enfant, des fenêtres embuées où une main inconnue a dessiné deux petits poissons. Patrick Taberna saisit des fragments et des instants qu'il s'agit à chacun de déchiffrer, de compléter.

Le photographe de 47 ans, né à Saint-Jean-de-Luz, est informaticien mais sa vraie passion, c'est l'image. Equipé d'un petit appareil en plastique, un Lubitel, aussi délicat que ses photos, il réalise des images en s'inspirant de sa famille et de leurs voyages. Comme un écrivain, Taberna s'applique à retrouver une sensation, à partager la subjectivité d'un sentiment. C'est une photo onirique et très littéraire, voisine de la démarche d'un Hervé Guibert dont les photos traduisaient l'univers intime et prenait le relais de sa plume. D'ailleurs, Patrick Taberna vit entouré de livres et s'il devait n'en retenir qu'un, il choisirait l'Usage du Monde, de Nicolas Bouvier, l'écrivain voyageur. Bouvier prônait un dépouillement à travers le long cours. Taberna l'a suivi. Routard avec sa femme depuis les années 80, il a appris à se munir de l'essentiel, à ne surtout pas s'encombrer. Le couple et ses deux enfants voyagent au hasard, sans organisation. Taberna a même troqué son Leïca, trop lourd, pour un matériel russe hyper léger. "Se débarrasser des scories", disait Bouvier. Les photos de Patrick Taberna ne témoignent pas, pas de lieu identifiable, pas d'habitants. Loin des cartes postales, l'artiste déploie un florilège de sensations et de sentiments. Son oeil n'est pas dirigiste, il ouvre des portes à l'imagination. Les couleurs n'agressent pas, la lumière naturelle, même en intérieur, est douce; l'image, parfois floue, est tirée sur papier argentique mat, tiré sous agrandisseur, d'où cette impression de velouté. Mais Taberna ne jette pas sur ce temps qui passe un regard ébloui. On devine en lui autre chose qu'une contemplation, au contraire, la répétition de ciels gris, cette femme de dos devant un mur de pierres qui nous prive de ce qu'elle aperçoit, laisse deviner une inquiétude. De quelle nature est cette angoisse que l'on sent poindre dans certaines images de ce photographe souriant pourtant, et si modeste? En atteste sa remarque, à la lecture d'un long papier consacré à son exposition "A contretemps" par Télérama : "Oh la la ... Une page, une page entière? C'est trop!" Patrick Taberna a remporté en 2004 le prix de la fondation CCF, qui lui a consacré un livre : Au fil des jours, éd. Actes Sud, 120 p., 21,50 EUR. Son site: patricktaberna.com

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