D'après le site Mediapart, les services de renseignement était bien au courant de l'imminence de l'attaque terroriste de Saint-Étienne-du-Rouvray, mais ne sont pas intervenus à temps. L'attentat, en juillet 2016, avait coûté la vie à un prêtre, le père Hamel, assassiné par deux hommes dans son église.

Commémoration, un an après l'attaque de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2017
Commémoration, un an après l'attaque de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 26 juillet 2017 © AFP / Damien MEYER

L’enquête de Mediapart, révélée ce vendredi, affirme que les services de renseignements avaient bien réussi à capter, plusieurs jours avant l’attaque de Saint-Étienne-du-Rouvray, plusieurs message cryptés envoyés par l'un des deux terroristes, mais l'alerte est resté sans suite. Et, surtout, après ce qui ressemble a un raté, le renseignement aurait cherché a étouffer l'affaire.

Cinq jours avant l'attaque, Abdel Kermiche s'exprime sur la messagerie cryptée Telegram sans savoir qu'un agent des renseignements de la Préfecture de Police suit en direct les conversations. Dans plusieurs messages audio, Kermiche explique clairement qu'il faut attaquer les églises avec un couteau et s'en prendre à tout le monde. 

Derrière son ordinateur à Paris, le brigadier des renseignements va donc remplir une note blanche, et la transmettre à sa hiérarchie. Mais la note va se perdre dans les tuyaux, explique Mediapart : parce qu'elle doit passer quatre échelons de relecture avant d'être validée, et parce que nous sommes en plein été et que les effectifs sont réduits. 

Le jour de l'attentat, c'est la panique à la Prefecture de Police en découvrant que l'auteur de l'attentat était surveillé de près, raconte Mediapart. Le brigadier est alors convoqué par sa hiérarchie. On lui demande d'effacer, "d'écraser" les traces de ses navigations sur Telegram, et de réécrire ses notes blanches en les post-datant. Contactée par nos soins, la Préfecture de Police de Paris indique que les renseignements obtenus avant l'attentat n'étaient pas suffisamment circonstanciés pour permettre la diffusion d'une alerte qui aurait pu conduire à l'interpellation de Kermiche avant qu'il ne passe à l'acte.

Selon elle, la note, datée du 22 juillet, n'évoque "en aucun cas (...) l'imminence d'un passage à l'acte, et encore moins le ciblage d'un lieu précis". "Cette note, qui ne comportait pas de caractère d'urgence et s'inscrivait dans le travail de détection quotidien du service, a suivi le circuit habituel de validation", ajoute la PP.  Selon la préfecture, cette note identifiait simplement un individu donnant des cours à la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, appelant "sur les réseaux sociaux, les 'fidèles' à le rejoindre dans le but de former un groupe à vocation terroriste" et faisant part de "sa volonté de se rendre en Syrie pour rejoindre les rangs de Jabbat-Al-Nosra".

Quant au brigadier qui s'exprime auprès de nos confrères de Mediapart, il est aujourd'hui "partant". Ce qui signifie : viré.

Mise à jour

Le parquet de Paris annonce ce vendredi soir l'ouverture d'une enquête préliminaire pour les chefs de faux, usage de faux, et altération de documents de nature à faciliter la découverte d'un crime ou d'un délit ou la recherche des preuves. Une enquête confiée à l'Inspection générale de la police (IGPN).    

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