Bernard Bertossa :

Face a une criminalité globale, les juges restent enfermés dans leurs frontières nationales

Figure emblématique de la lutte contre le blanchiment d’argent, Bernard Bertossa a été procureur de Genève, de 199O à 2002, avant d’achever sa carrière au tribunal pénal fédéral de Tessin. Il est à la retraite depuis le 1er janvier 2008.

Signataire comme Renaud Van Ruymbeke de l’ « Appel de Genève », Bernard Bertossa s’interroge, lui aussi, sur la sincérité des déclarations récentes de Nicolas Sarkozy et de François Fillon appelant à l’élimination des paradis fiscaux.

Bernard Bertossa

La City de Londres constitue l’une des principales places off-shore comme à pu le constater Bernard Bertossa dans de nombreuses enquêtes.

Depuis l’appel de Genève, de timides avancées ont été effectuées, comme le fait de pouvoir poursuivre des agents publiques étrangers pour corruption. Mais la coopération judiciaire est encore loin, regrette Bernard Bertossa qui prône la création d’ « institutions judiciaires supra nationales ».

Bernard Bertossa

Pour Bernard Bertossa, le secret bancaire suisse en matière fiscale est d'ores et déjà condamné. « Il faudra que l’Autriche, le Lichtenstein, le Luxembourg et la Belgique cèdent également », explique-t-il…

Bernard Bertossa

Le problème, c’est que ces places financières off-shore font aujourd’hui partie intégrante de l’économie mondiale, une « économie grise » dont l’opacité profite à de nombreux intermédiaires dans les gros contrats intéressants les Etats, avec le paiement de commissions et parfois de rétro-commissions.

Ainsi, Bernard Bertossa juge « incompréhensible » la décision de la France de refuser de lever le secret-défense dans l’affaire des frégates de Taïwan, instruite par Renaud Van Ruymbeke, qui s’est conclue par un non-lieu en octobre dernier.

Bernard Bertossa

Comme Renaud Van Ruymbeke, Bernard Bertossa a publié une tribune, après les attentats terroristes du 11 septembre 2001, pour alerter les pouvoirs publics sur l’urgence de lutter contre les paradis fiscaux. Un texte intitulée « Nos yeux grands fermés » (Le Monde, 23-24 septembre 2001) dans lequel il ne cache pas son scepticisme sur le volontarisme politique en la matière : « On peut malheureusement douter que l’émotion passé, nos législateurs nationaux et internationaux aient le courage et la volonté d’entreprendre les réformes nécessaires. »

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