L’économie et la question de la technique Contre la rareté voilà le feu, la maison, la viande salée, bref, la technique. La technique, guidée par la science, permet « d’attaquer (sic) la nature... Mais nous ne dominerons jamais parfaitement la nature, et notre organisme, lui-même part de cette nature, demeurera toujours une formation passagère » (MC p 29). Bien, la technique fait reculer la rareté et tempère notre angoisse. Mais à quel prix ! Au prix du droit, de l’organisation, de la répression des pulsions morbides et agressives, de la peur : « La protection de l’homme contre la nature et la réglementation des hommes entre eux » nous brime, nous menace, nous angoisse au nom de la lutte contre l’angoisse : « Ce que nous appelons notre culture est pour une grande part responsable de notre misère ; nous serions plus heureux si nous l’abandonnions et retournions à des conditions primitives » (MC p 32) La technique est au cœur de la culture : « Pour remonter suffisamment loin, les premiers actes culturels furent l’usage d’outils, la domestication du feu, la construction d’habitations. » En tant que culture, la technique est essentiellement répressive. Mais il est évident que l’homme a pu croire se libérer de ses angoisses par la technique. Il a accumulé de quoi vivre largement, il vole comme les oiseaux, peut communiquer instantanément d’un bout à l’autre de la planète. Il vit plus longtemps. Non seulement l’espèce humaine vit plus longtemps dans les pays du capitalisme, l’espérance de vie à la naissance augmente, mais l’homme vit plus longtemps en tant qu’individidu : les progrès de la médecine et de la réanimation lui offrent une dizaine d’années de plus qu’à ses parents. Certes, ces dix ans ne s’insèrent pas entre vingt et vingt et un ans, ils s’ajoutent aux quatre vingts d’une vie. Ce sont, pour beaucoup, des années difficiles, souvent les années les plus éprouvantes de la vie. La question du bonheur, elle, n’est pas résolue par le progrès technique. « Le dessein que l’homme soit heureux n’est pas contenu dans le plan de la création. » (mc 18). Le bonheur n’est ni une idée neuve ni une idée collective, mais totalement subjective. Reste que l’homme accroit énormément sa productivité par la technique, laquelle répond à ses besoins et ses souhaits de bonheur. Elle est là 1) pour satisfaire à notre principe de plaisir, le bonheur n’étant pas autre chose que la satisfaction de ce principe, ou l’évitement du déplaisir. (MC p 26-27) 2) pour nous aider dans la souffrance que nous procure notre propre corps, « la caducité de notre corps ». ( 29). Les progrès en matière de santé sont là, indéniablement. 3) pour nous aider à lutter contre « l’invincible nature (MC p 29) », et la souffrance que nous procure cette « surpuissante nature ». Nous ne dominerons jamais la nature, mais nos progrès de productivité témoignent de notre inlassable lutte contre elle. « Dans cette lutte interminable l’homme est devenu une sorte de dieu prophétique, vraiment grandiose quand il revêt tous les organes adjuvants (les organes de la technique BM)... augmentant encore plus la ressemblance avec Dieu.» (35) (A suivre. MC veut dire « Malaise dans la culture » (Freud, Quadrige, PUF)

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