Deux hommes se revendiquant de l’EI ont attaqué une église près de Rouen, et assassiné le prêtre qui menait l’office. Au sein de l'Église catholique, c'est la sidération.

L'Église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans laquelle a eu lieu l'agression
L'Église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans laquelle a eu lieu l'agression © AFP / MATTHIEU ALEXANDRE

Quand les deux hommes ont pénétré dans l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, dans cette commune ouvrière de la banlieue de Rouen, le père Jacques Hamel, 86 ans, est en plein office. Avec lui, quelques fidèles et deux religieuses. Une femme, interrogée dans les colonnes du Figaro, se trouvait aussi dans l’église mais à réussi à s’enfuir dès l’arrivée des assaillants, et à donner l’alerte. Les deux auteurs de l’attaque se sont ensuite retrouvés, à la sortie de l’Église, face aux forces de police avant d’être abattus. L'agression a été, ensuite, revendiquée par l'organisation État Islamique.

La victime : un prêtre auxiliaire, apprécié sa paroisse

Selon une source policière, la victime était le Père Jacques Hamel, prêtre auxiliaire de la paroisse, qui a été égorgé. Il n'était pas au service de la paroisse mais "rendait service", selon le représentant du diocèse de Rouen. Selon le site internet du diocèse , il était né en 1930 à Darnétal, une commune de Seine-Maritime. Ordonné prêtre en 1958, il avait fêté son jubilé d'or en 2008, indique aussi le site du diocèse qui présente un communiqué ému de l’archevêque de Rouen, Dominique Lebrun. Ce dernier a appris la nouvelle de la tuerie alors qu’il se trouvait à Cracovie, pour les Journées Mondiales de la Jeunesse, grand rassemblement catholique mondiale.

"Il était de ces prêtres qui vont jusqu'au bout" : la réaction de l'archevêque de Rouen Dominique Lebrun, après la mort du Père Jacques Hamel :

Le site de l'INA a publié ce mardi un reportage de 2009 sur le Père Jacques Hamel :

Le Père Jacques Hamel
Le Père Jacques Hamel / DR Paroisse Saint-Étienne-du-Rouvray

La disparition de Jacques Hamel, prêtre auxiliaire très apprécié de la paroisse où il officiait depuis dix ans, a évidemment provoqué l’émotion de plusieurs fidèles : "Ce petit homme si gentil, il ne méritait pas ça, ça m'inspire de la haine", s'écrie un habitant de Saint-Étienne-du-Rouvray, sous le choc de la tuerie. La mairie de Saint-Etienne-du-Rouvray a, de son côté, ouvert une cellule de soutien psychologique.

L’imam de la mosquée effaré par le décès de son ami

Évoquant le meurtre de Jacques Hamel, Mohammed Karabila, le président du Conseil régional du culte musulman de Haute-Normandie en charge de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, s'est dit "effaré par le décès de mon ami"."C'est quelqu'un qui a donné sa vie aux autres. On est abasourdis à la mosquée", a-t-il ajouté.

Le prêtre et l'imam s'étaient retrouvés à plusieurs reprises "lors d'interventions publiques dans des salles des fêtes". "Nous faisions partie d'un comité interconfessionnel depuis 18 mois. Nous discutions de religion et de savoir vivre ensemble", a précisé M. Karabila.

"On ne savait pas que c’est dangereux d’être prêtre aujourd’hui"

"On est assommés parce qu'on ne savait pas que c'était dangereux d'être prêtre aujourd'hui en France", dit l'abbé Pierre Amar, curé dans le diocèse de Versailles, interrogé par l’AFP. "On était un petit peu tendus depuis Noël dernier (après le 13 novembre, NDLR): pour la première fois de notre vie, nos églises étaient sécurisées", rappelle le prêtre.

Nous sommes atterrés devant cette attaque qui a eu lieu, en plus, pendant la messe: c'est l'acte le plus sacré pour nous (l'abbé Pierre Amar)

Le dispositif de sécurité dans les églises avait été repris quasiment à l'identique à Pâques, mais il paraissait difficile de sécuriser en permanence les quelque 45.000 églises catholiques de FranceLe Vatican a réagi à l'attaque de mardi en se disant "particulièrement frappé parce que cette violence horrible est intervenue dans une église, un lieu sacré où s'annonce l'amour de Dieu". Le Pape François a dénoncé, lui, un "meurtre barbare".

L'EI a multiplié, dans sa propagande, les références antichrétiennes, ciblant les dirigeants "croisés" occidentaux et "le royaume de la Croix" - l'Europe et notamment la France. Le ministère de l'Intérieur craignait d'ailleurs que des églises puissent "constituer des cibles d'une exceptionnelle force symbolique".

Au printemps, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier avait décelé un "risque de raidissement" dans les relations islamo-chrétiennes, mais souligné: "Le chemin de l'Eglise nous invite au dialogue, sinon c'est l'affrontement." Ce mardi, la Conférence des évêques appelle les catholiques français à une "journée de jeûne et de prière" vendredi.

"Criant vers Dieu" son émotion, l'archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, n'a pas dit autre chose mardi:

L'Église catholique ne peut prendre d'autres armes que la prière et la fraternité entre les hommes.

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