le religieux modéré hassan rohani élu dès le premier tour à la présidence de l'iran
le religieux modéré hassan rohani élu dès le premier tour à la présidence de l'iran © reuters

Certes, les Iraniens ont élu samedi un président modéré, après huit ans de règne du controversé Mahmoud Ahmadinejad. Mais sur le plan diplomatique, c'est encore le scepticisme qui domine sur les futurs rapports avec la République islamique.

Washington s'est empressé de saluer le résultat de ce scrutin, l'élection de Hassan Rohani, affirmant être prêt à trouver une "solution diplomatique" au contentieux entourant la nature exacte du programme nucléaire iranien.

"Nous respectons le vote du peuple iranien et nous le félicitons pour sa participation à ce processus politique et pour son courage afin que sa voix soit entendue", déclare un communiqué de la Maison blanche.

"Nous espérons que le gouvernement iranien tiendra compte de la volonté du peuple iranien et effectuera des choix responsables pour permettre l'avènement d'un avenir meilleur pour tous les Iraniens", ajoute le texte.

À New-York, l'analyse d'Aurélien Colly.

La réaction israélienne a été beaucoup plus mesurée, le gouvernement hébreu estimant que le choix d'un modéré permettait à Téhéran de gagner du temps pour continuer ses efforts dans le domaine atomique.

"Dès que vous avez un candidat qui est perçu comme un réformateur, il est facile pour certains pays d'être tentés de dire 'donnons à l'Iran une nouvelle chance, retardons à nouveau le calendrier, avec une autre série de négociations, puis encore une autre. Et pendant ce temps, les centrifugeuses tournent", a déclaré Gilad Erdan, ministre israélien de la Défense civile.

La prudence était également de mise dans le monde arabe en particulier dans les Etats sunnites opposés à l'intervention de combattants chiites soutenus par les Iraniens dans la guerre civile en Syrie.

La Ligue Arabe, en désaccord avec l'Iran sur le règlement du dossier syrien, aimerait bien voir Téhéran changer d'attitude. Perrine Mouterde.

Pour les rebelles en lutte contre Bachar al Assad, l'élection de Rohani ne va rien changer.

Comme le rappelle un rebelle du groupe Ahrar al Cham à Rakaa, le pouvoir en Iran demeure aux mains du "guide suprême" de la révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei.

En Arabie saoudite, allié des Etats-Unis dans la région et grand rival de l'Iran au Moyen-Orient, la position est plus mitigée.

Optimisme... mesuré

Comme le note l'analyste bien informé Djamal Kashoggi: "je suis certain que pour le gouvernement saoudien, ce résultat est le meilleur qu'il pouvait espérer".

Kashoggi a rappelé que le dernier président iranien réformateur Mohammad Khatami, était venu en visite lors de son mandat entre 1997 et 2005 mais cela se déroulait à une époque où les tensions étaient moins grandes.

"L'Iran ne s'ingérait pas aussi nettement dans les affaires de la Syrie, du Yémen ou de Bahreïn. Les chiites ne tuaient pas les sunnites, alors".

Pour les pays alliés de l'Iran, l'élection de Rohani ne devrait pas apporter de changement notable sur le plan des relations extérieures.

"Nos relations avec l'Iran sont celles entre un mouvement de résistance et un Etat. Un Etat qui est gouverné à un échelon politique plus élevé. Cet échelon n'a pas changé, il n'y a donc pas de raisons que nos relations changent", a dit Mahmoud al Zahar, haut responsable du Hamas palestinien.

L'élection de Hassan Rohani change-t-elle la donne sur la scène internationale ? Oui, pour la journaliste et écrivain Sepideh Farkhondeh.

Les Occidentaux ont accueilli cette élection avec un optimisme mesuré. La Grande-Bretagne a appelé Rohani à engager son pays "sur une voie d'avenir différente: apaiser les inquiétudes internationales concernant le programme nucléaire, faire progresser un partenariat constructif avec la communauté internationale, améliorer la situation des droits politiques et de l'homme" en Iran. Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que la communauté internationale attendait beaucoup de l'Iran en particulier dans le domaine du nucléaire et de son implication en Syrie. "Nous sommes prêts à travailler avec le nouveau président", a-t-il dit. L'Egypte avait, elle, observé récemment un rapprochement avec Téhéran mais les Frères musulmans ont rejoint l'appel lancé par des organisations sunnites en faveur d'une guerre sainte contre les chiites en Syrie après l'intervention du Hezbollah libanais appuyé par les Iraniens. La chute de Saddam Hussein en Irak, après l'intervention américaine de 2003, a favorisé un élargissement de l'influence iranienne dans ce pays mais également dans toute la région. Un porte-parole du Premier ministre irakien Nouri al Maliki a félicité Rohani et a dit que Bagdad était prêt à composer avec l'Iran quel que soit le président choisi par le peuple iranien. _Sur le plan intérieur, il y a aussi beaucoup à faire pour le nouveau président. Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS spécialiste de l'Iran._
Hassan Rohani a été élu dès le premier tour avec un peu plus de 50% des suffrages. Son élection a été rapidement saluée... par le Guide suprême lui-même, Ali Khamenei.
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