[scald=100787:sdl_editor_representation]NANTES (Reuters) - Une reconstitution de la mort de la jeune Laëtitia Perrais se tiendra mardi en Loire-Atlantique, à La Bernerie-en-Retz près de Pornic, dernière étape d'une enquête qui doit conduire son meurtrier présumé, Tony Meilhon, devant une cour d'assises.

Les deux juges d'instruction vont notamment tenter de déterminer les circonstances de l'accident de scooter dont l'adolescente de 18 ans a été victime dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, aux abords du domicile de sa famille d'accueil, dont le père Gilles Patron a été incarcéré depuis pour des "viols" et "agressions sexuelles" sur sa soeur jumelle Jessica.

La tête, les bras et les jambes de l'apprentie-serveuse - vue pour la dernière fois dans un bar avec Tony Meilhon, avec qui elle avait sympathisé quelques jours avant - avaient été retrouvés le 1er février enserrés de grillage et lestés d'un parpaing dans un étang. Son buste mutilé avait été découvert le 9 avril dans un second plan d'eau, à une heure de route de là.

Le rapport d'autopsie a établi que Laëtitia Perrais avait été l'objet de "très nombreuses blessures par arme blanche sur tout le corps" et d'une strangulation qui avait été "très vraisemblablement à l'origine directe du décès".

Les experts ont démontré que la jeune fille a "chuté de son scooter après avoir été percutée par un véhicule, mais que ses blessures ont été sans conséquences mortelles", contredisant la thèse de l'accident mortel de la circulation évoquée par Tony Meilhon.

Des traces de stupéfiants "consommés dans les heures qui ont précédé le décès" ont été retrouvées dans le sang de la victime. Or, l'absence de traces semblables dans ses cheveux démontre qu'elle "n'était pas une consommatrice habituelle de stupéfiants".

Tony Meilhon, qui avait "consommé de la cocaïne à haute dose, du shit et de l'alcool" selon son avocat, dit n'avoir aucun souvenir de la nuit des faits.

AFFAIRE D'ÉTAT

Mis en examen le 22 janvier 2011 pour "enlèvement suivi de mort", ce délinquant de 32 ans logeait alors dans la caravane d'un cousin, sur la commune voisine d'Arthon-en-Retz. Déjà condamné pour le viol en 1997 d'un codétenu par une cour d'assises pour mineurs, Tony Meilhon n'est toutefois pas poursuivi pour ce type de crime sur Laëtitia Perrais.

La "récidive légale" a été retenue contre lui lors de sa mise en examen, car elle peut être visée en cas d'une précédente condamnation pour un crime passible d'au moins dix ans de prison. Elle lui fait encourir aujourd'hui la réclusion criminelle à perpétuité.

Son casier judiciaire porte trace de douze autres condamnations, parmi lesquels des vols, des violences ou des conduites sans permis. La dernière condamnation en date remonte au 30 juin 2009, six mois de prison ferme avec mise à l'épreuve pour "outrage à magistrat".

Son suivi socio-judiciaire n'avait toutefois pu être assuré par les agents du Service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP) de Loire-Atlantique, faute d'effectifs.

Avec l'accord écrit de leur hiérarchie, ces derniers avaient abandonné en 2010 le suivi socio-judiciaire de plus de 800 détenus condamnés pour des délits mineurs, parmi lesquels le dernier "outrage à magistrat" de Tony Meilhon.

Le fait divers avait pris la tournure d'une affaire d'État, après que le président Nicolas Sarkozy eut promis des "sanctions" contre ces "dysfonctionnements". Magistrats, greffiers et avocats nantais avaient effectué pendant deux semaines une "grève des audiences" inédite en France, suivie par de nombreuses autres juridictions.

L'enquête administrative qui avait été conduite avait finalement blanchi les conseillers d'insertion et de probation du SPIP de Loire-Atlantique, mais avait entraîné le limogeage du directeur interrégional de l'administration pénitentiaire.

Guillaume Frouin, édité par Gilles Trequesser

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