L'organisation clandestine basque ETA s'excuse pour tout le "mal" qu'elle a causé. Une nouvelle étape dans le processus de paix initié en 2011 après un demi-siècle de lutte armée.

L'ETA a été créé il y a plus de 60 ans sous la dictature franquiste puis s'est progressivement radicalisé.
L'ETA a été créé il y a plus de 60 ans sous la dictature franquiste puis s'est progressivement radicalisé. © AFP / ANDER GILLENEA

Nous avons causé beaucoup de douleur et des dommages irréparables.

C'est avec ces mots que l'ETA s'excuse vendredi 20 avril dans un communiqué. "Nous voulons manifester notre respect aux morts, aux blessés et aux victimes des actions de l'ETA", ajoutent les dirigeants du mouvement indépendantiste. Une nouvelle étape dans le processus de paix engagé en 2011 : l'organisation avait annoncé un cessez-le-feu permanent après cinquante ans d'une lutte armée qui a fait 829 morts, selon les autorités espagnoles

De "nationaliste" à "révolutionnaire"

31 juillet 1959, en pleine dictature franquiste, un groupe de résistants basques créé l'Euskadi Ta Askatasuna (ETA) pour "Pays basque et liberté" en français. Une organisation "nationaliste" selon ses fondateurs. Au fil des années, le mouvement se radicalise, quatre ans après sa création, une mouvance révolutionnaire apparaît au sein de l'ETA. Les actions sont de plus en plus violentes jusqu'au premier attentat mortel en 1968. Un garde civil, José Pardines Arcay, est tué à Saint-Sébastien, au Pays basque. C'est le début d'une longue série d'attaques qui se déroule à travers toute l'Espagne. L'amiral Luis Carrero Blanco, président du Conseil, fidèle du dictateur Francisco Franco, est assassiné dans l'explosion de son véhicule en décembre 1973. Quelques mois plus tard, 12 civils sont tués dans un attentat à la bombe à Madrid. La fin du régime franquiste en 1975 et l'amnistie générale des prisonniers politiques espagnols, dont ceux de l'ETA, ne mettent pas fin à la lutte armée. Les violences redoublent d'intensité.

Les années noires

21 morts et 45 blessés, c'est le bilan de l'attentat le plus meurtrier de l'histoire de l'ETA. Le 19 juin 1987, une voiture piégée explose dans le parking d'un grand magasin de Barcelone. L'ETA avait prévenu par téléphone pour signaler l'attaque imminente, un avertissement qui n'est  pas pris au sérieux par les autorités. 

Quelques jours plus tard, l'organisation basque publie un communiqué et qualifie de "grave erreur" cette attaque. Elle assure qu'elle veillera désormais au "caractère sélectif" de ses actions. Suivent de nombreux autres attentats, notamment l’explosion d'une autre voiture près d'une caserne de la garde civile en 1987 (11 morts) ou encore l'enlèvement d'un officier de prison détenu et torturé pendant plus d'un an par des membres de l'ETA.

Un long processus de paix

Le tournant de cette lutte armée se produit le 10 juillet 1997. L'ETA enlève Miguel Angel Blanco, jeune conseiller municipal d'Ermua, une petite commune du Pays basque. Les ravisseurs réclament, en échange de sa libération, le retour dans les prisons basques des membres de l'ETA incarcérés à Madrid. Le gouvernement espagnol se montre inflexible. Miguel Angel Blanco est retrouvé mort deux jours après son enlèvement dans une forêt du Pays basque. 

L'assassinat du jeune homme de 29 ans suscite l'indignation : des millions d'Espagnols manifestent dans tout le pays. Un mouvement populaire qui soulève des débats au sein de l'ETA sur le recours à la violence. En septembre 1998, le groupe basque finit par annoncer une "trêve unilatérale". Elle sera plusieurs fois bafouée pendant les 10 années qui suivent, jusqu'à l'annonce d'un cessez-le-feu "permanent" en 2011. Six ans plus tard, le groupe livre ses caches d'armes aux autorités espagnoles et françaises. Reste une dernière étape à franchir : sa dissolution. Elle devrait être annoncée en mai 2018. 

Aujourd'hui, 300 membres de l'ETA sont toujours emprisonnés en Espagne, en France, et au Portugal. Près d'une centaine sont toujours en fuite. 

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