Le préfet de région estime que cette disposition, adoptée en mai par les élus régionaux, outrepasse les compétences régionales en matière sanitaire et sociale.

Les tests salivaires antidrogue dans les lycées, nouveau bras de fer entre la région francilienne et l'Etat.
Les tests salivaires antidrogue dans les lycées, nouveau bras de fer entre la région francilienne et l'Etat. © Maxppp / Jaboutier

C'était l'une des mesures phares du plan antidrogue de Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France : les établissements scolaires en faisant la demande pourraient désormais être fournis en tests salivaires de dépistage du cannabis, des tests financés par la région. Promis en 2015 par la candidate Les Républicains (LR), dans la course à la présidence, le plan "pour des lycées sans drogues et sans addiction" avait finalement été adopté en mai par le conseil régional.

C'était sans compter l'intervention de l'Etat. Dans une lettre adressée en juillet à Mme Pécresse, citée vendredi par le Figaro, le préfet de région, Jean-François Carenco, estime que cette disposition outrepasse les compétences régionales en matière sanitaire et sociale, et demande à la présidente de supprimer le projet de tests salivaires.

Mais la principale intéressée ne se laisse pas faire. Dans une réponse au préfet, la présidente explique que son projet antidrogue vise aussi à lutter contre le décrochage scolaire. Ainsi selon elle, cette disposition s'inscrit pleinement dans le cadre des compétences régionales. "La région est totalement fondée à intervenir pour prévenir les addictions et les pratiques addictives au lycée, action qui figure au croisement de trois compétences : développement sanitaire, soutien aux politiques d'éducation et lutte contre le décrochage scolaire". Elle souligne également que "le lien entre addiction et décrochage scolaire est scientifiquement établi", évoquant une étude de The Lancet, publiée en 2014. Selon la revue scientifique britannique, les jeunes qui consomment du cannabis ont 60 % de risques supplémentaires d'échec scolaire par rapport à leurs camarades qui n'en fument pas.

Pour les chefs d'établissement, ces tests de dépistage devaient être "des outils de diagnostic", sous couvert du secret médical, dont les résultats seraient transmis uniquement à la famille, ou au lycéen s'il est majeur.

Un acte purement politique

Dans l'entourage de Valérie Pécresse, on dénonce un "déni de réalité" de la part de l'Etat, et un geste "purement politique". La région pourrait même passer outre l'avis du préfet, qui "ne vaut pas annulation", selon Agnès Evren, vice-présidente (LR) de la région en charge de l’éducation. "Aucun des articles de notre plan n’est caduque", estime-t-elle. Selon l'élue, les différentes dispositions du plan (tests salivaires compris) pourront être mises en œuvre à la rentrée.

La présidente de région invite en conclusion le préfet à participer personnellement aux "assises régionales sur le décrochage scolaire, ses causes et ses solutions" qui doivent se tenir à la rentrée au Conseil régional.