[scald=220531:sdl_editor_representation]par Victoria Bryan et Clare Kane

BERLIN/MADRID (Reuters) - Au lieu de promouvoir le farniente sur les plages, l'Europe devra s'intéresser à l'histoire communiste et aux arbres si elle veut tirer profit d'un nombre croissant de touristes chinois.

L'Académie chinoise de tourisme estime que 200 millions de Chinois voyageront chaque année à l'étranger d'ici 2020, contre 82 millions en 2012.

L'image prépondérante du touriste chinois en Europe est celle de cars entiers déversés devant les boutiques de luxe de Paris ou Milan, mais le continent ne doit pas se laisser emporter par ces préjugés. Il doit au contraire envisager d'autres moyens originaux d'attirer cette nouvelle population venue par long-courriers, soulignent des experts rencontrés cette semaine à la Foire internationale du tourisme de Berlin.

"On pense en tant qu'Européens, pas en tant que Chinois", regrette Eduardo Santander, président de l'European Travel Commission (ETC), une organisation de promotion du tourisme sur le continent. "L'Europe reste pour l'instant la destination touristique numéro un mais cela pourrait changer de façon spectaculaire dans les dix ou quinze ans si nous ne changeons pas certaines manières de faire."

Pour les touristes chinois, les plages et le soleil de la Méditerranée, si populaires parmi les Britanniques, les Allemands ou les Russes, ne suscitent guère d'attrait, assure le patron du groupe TUI Travel, Peter Long.

Ils préfèrent visiter des sites historiquement importants dans leur propre culture, écouter de la musique classique et apprécient un ciel bien dégagé, pour échapper au smog qui les attend à leur retour, déclare Eduardo Santander en s'appuyant sur une étude de l'ETC menée auprès d'internautes chinois.

DESTINATION MONTARGIS

Parmi les sites à épingler sur une carte figurent Trèves, la ville natale de Karl Marx en Rhénanie, ou Montargis. La sous-préfecture du Loiret, à une centaine de km au sud de Paris, abrita dans les années 1920 un groupe d'intellectuels chinois qui proposèrent pour la première fois, dit-on, l'idée d'un parti communiste en Chine. Deng Xiaoping lui-même s'y rendit.

A Cambridge, les touristes chinois viennent admirer un saule du King's College, parce qu'il est mentionné dans un très célèbre texte du poète moderne Xu Zhimo.

Avec la crise de la zone euro et l'austérité qui mord sur les budgets de loisir des Européens, il est devenu encore plus urgent pour des pays comme l'Espagne ou la Grèce de regarder au-delà de leur traditionnelle clientèle britannique, allemande ou néerlandaise. La demande pour les voyages à l'étranger devrait croître cette année de 2% en Europe, contre 7% en Asie.

En Espagne, où le tourisme représente 11% du produit intérieur brut, où 57,7 millions de touristes se sont rendus l'an passé, le nombre de Britanniques - première nationalité, un quart du nombre total de visiteurs - a stagné.

L'Espagne s'est donc fixé pour cible d'atteindre un million de touristes chinois par an d'ici 2020, contre 177.100 en 2012. Il lui faudra pour cela recruter davantage de guides parlant chinois et adapter une partie de sa gastronomie, prévient Shao Qiwei, président de l'administration chinoise du tourisme.

Quant aux plages, elles pourraient suivre l'exemple des Maldives, devenues l'une des cinq destinations touristiques préférées des Chinois.

Quand les Européens ont commencé à déserter l'archipel, après le tsunami meurtrier de 2004 dans l'océan Indien, les Maldives ont réfléchi à une nouvelle stratégie pour attirer la clientèle chinoise, pas forcément folle de soleil, en proposant des tours des îles en avion ou des parties de pêche ou de plongée en nocturne.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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