Une tour du quartier de la Pierre Colinet à Meaux
Une tour du quartier de la Pierre Colinet à Meaux © CC / Jon

Amine Bentounsi était interdit de séjour dans son quartier de la Pierre-Collinet. A 29 ans, père d'une fillette de six ans, il ne voulait pas non plus retourner à la prison de Châteaudun, qu'il avait quittée en juin 2010 à la faveur d'une permission de sortie. Amine a été abattu par un policier, le soir du 21 avril, dans une ruelle de Noisy-le-Sec, dans des circonstances qui restent à éclaircir mais qui ont poussé le juge à instruire pour homicide volontaire.

Sa soeur, Amal Bentounsi, n'en peut plus de voir sa vie résumée à son casier judiciaire. Cette vie qu'elle avait commencé à raconter dans un livre en forme de combat, déjà, et dont le titre n'avait alors rien à voir avec sa fin tragique. "Ce petit frère qu'on assassine", c’était l’histoire d’un gosse « cassé » par la prison.

Amine a découvert Fleury-Mérogis à treize ans, comme Nicolas Sarkozy a cru bon de le rappeler la semaine dernière: "chacun ses records, il fut le condamné le plus jeune de France". Le quartier des mineurs de Fleury, "l'enfer sur terre" il y a quinze ans selon des professionnels. Quelques années plus tard, une mission interministérielle recommande de le fermer, au vu de la violence qui y règne.

Retour à la Pierre-Collinet. A l’été 2000, les médias nationaux s'intéressent pour la première fois à Amine Bentounsi. Pas pour des faits de violence. Il a déclaré au commissariat avoir été payé par un médiateur de la ville pour brûler des voitures. Le procès-verbal n'est pas transmis au parquet mais et publié onze mois après. Il embarrasse le maire Jean-François Copé, dont l'entourage est soupçonné de manipulation pour justifier sa politique sécuritaire. Amine Bentounsi fait marche arrière et explique alors avoir été soudoyé par des policiers.

Amine continue de défrayer la chronique judiciaire du Parisien. Vols, cambriolages (avec un numéro d’escalade et descente en rappel de l’office HLM), deux braquages, dont celui de la Poste de son quartier, au cours duquel des policiers sont blessés (Amine n’est pas le tireur). Un caïd, Amine ? Cela fait sourire l’un de ses avocats : « un caïd ne braque pas le Champion du coin pour se faire attraper un quart d’heure après ». Ce dernier épisode lui vaut en 2007 sa plus lourde peine de prison, dix ans.

Un garçon émotif, attachant, écorché vif ? Sans doute tout le monde à Meaux n’en garde pas un souvenir aussi ému. Ses parents, agents de nettoyage et vrais grands travailleurs, ont fait ce qu’ils ont pu. Lors de son dernier séjour en prison, Amine Bentounsi avait passé son CAP de cuisine. En cavale, il travaillait sur les marchés et d’après sa grande soeur, voulait ouvrir un petit restaurant.

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