L'obsession de Remi Ochlik pour la Syrie

Par Laetitia Kretz

JDLP à Lyon

La Syrie n'occupe pas les coeur des débats de l'élection présidentielle. Les candidats évoquent la situation syrienne par petites allusions indignées. Rien de plus.

Hier au musée Branly, le ministre de la culture a rendu hommage à Remi Ochlik , mort sous les bombes à Holms. Dans l'assistance, des amis, des proches, des parents, des journalistes.

Quelques jours avant,Laetitia Kretz , JDLPà Lyon a rencontré Alfred de Montesquiou , grand reporter pour Paris Match et envoyé en Syrie avec Rémi Ochlik.

Rémi Ochlik est le septième journaliste tué en Syrie depuis le début du conflit. Pour certains, être reporter à Homs est du domaine de la « roulette russe ». Pourquoi êtes-vous partis ?

Partir sur le terrain, c'est l'essence même de notre métier. Depuis 4 mois, Rémi était obsédé par la Syrie. Il fallait « couvrir » la tragédie de Homs. Quand j'ai eu le feu vert de Paris Match, on l'a tout de suite appelé.

Comment s'est passé le début de votre reportage ?

Nous avons commencé à Zabadani près de Damas. Après deux semaines de bombardement, l'armée a repris le contrôle de la ville et le réseau sur place qui devait nous aider s'est effondré. Notre départ s'est fait sous une couverture à l'arrière d'un pick-up. Puis, nous avons marché de nuit pendant cinq heures dans la neige à travers les montagnes syriennes. Il fallait éviter les patrouilles. On ne pouvait pas allumer la moindre lampe torche.

Arrivés au Liban, vous prévoyiez de repartir aussitôt vers Homs. Comment organise-t-on un tel voyage ?

Notre réseau de passeurs était très fiable. Pour nous, ce n'est pas difficile d'entrer en contact avec eux parce que nous sommes des habitués des zones de guerre. En l'occurrence j'ai rencontré ces personnes pendant la guerre du Liban en 2006. Nous étions prêts à partir dans de bonnes conditions.

Vous êtes finalement rentré à Paris. Pourquoi n'êtes-vous pas parti avec Rémi Ochlik à Homs ?

Sur le terrain, le journaliste ne décide pas seul. La rédaction peut toujours te « bâcher ». Peu de temps avant le départ, Paris Match m'a interdit d'y aller. Pour eux la situation devenait trop dangereuse. Rémi n'avait pas cette contrainte car il était free-lance. Il a décidé d'y aller.

Comment gérez-vous la peur face à des situations dangereuses ?

Je n'ai jamais entendu un journaliste dire « j'ai peur » sur le terrain. Le danger s'évalue et nous nous concentrons là-dessus. Il faut bien choisir les modes de transport, écouter tous les bruits et entendre les balles qui sifflent au loin. Il faut faire les bons choix : dormir dans une cave plutôt que près d'une fenêtre, se tenir dix mètres derrière les combattants plutôt qu'un mètre.

Rémi Ochlik et Marie Colvin ont choisi de dormir dans le bâtiment presse qui était l'une des cibles potentiels des bombardements. Le danger était-il prévisible ?

C'était le meilleur choix. Cet immeuble est le centre de la communication, le seul endroit où ils pouvaient être prévenus du danger. Par ailleurs, c'est aussi là-bas que les journalistes peuvent travailler.

Comment vivez-vous la mort de Rémi ?

Nous parlons beaucoup des journalistes en ce moment, c'est normal. Mais il faut rappeler que là-bas le contexte est désespérant. Le jour où Rémi est mort, 45 autres civils ont été tués. Notre souffrance est négligeable par rapport à celle que nous côtoyons. Le rôle de la presse est crucial. En Libye c'est l'action des reporters qui a alerté l'opinion. Et de mon côté je fais le deuil d'un ami que j'ai quitté rapidement d'une bourrade sur l'épaule dans un couloir d'hôtel à Beyrouth.

Par Laetitia Kretz,

JDLP à Lyon

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