Boualem Sansal
Boualem Sansal © Radio France / Vincent Josse

Avec sa longue queue de cheval grise, Boualem Sansal ressemble à un indien. Souriant, la voix douce, il a surtout quelque chose de l’enfance. Cet enfant qu’il décrit en lui donnant un autre prénom, Yazid, dans Rue Darwin, c’est lui. Yazid, petit garçon élevé dans un village algérien par sa grand-mère, maîtresse femme crainte et respectée, patronne d’une maison close. L’enfant ne rejoint sa mère qu’à l’âge de 7 ou 8 ans, dans un quartier populaire d’Alger, rue Darwin. Dans ce beau roman foisonnant, Boualem Sansal raconte à la fois son enfance et son quartier d’origine avec le regard d’un adulte de 63 ans.

L'auteur est retourné récemment dans le quartier de son enfance, Belcourt et l’Islam a bien changé. Sansal l'écrit sans détours comme il le fait depuis ses débuts tardifs d'écrivain, il a commencé en effet une carrière d'écrivain à 50 ans, après une carrière de haut fonctionnaire. Quand son pays a été victime de la sale guerre des années 90, il a éprouvé le besoin d’écrire, poussé par son ami l’écrivain Rachid Mimouni.

Sansal n’a connu que la guerre depuis sa naissance en 1949. Ecrire, c’est en quelque sorte guerroyer pour la vérité, pour la paix. C’est pour cela que le pouvoir et le FLN, parti majoritaire à l’assemblée en Algérie, ne l’apprécient guère. Il dit et écrit les abus de pouvoir en Algérie, il dénonce ceux qui après la guerre d’indépendance ont confisqué le pouvoir et les richesses du pays, il décrit la montée de l’islamisme, les privations de libertés, il clame son anti cléricalisme.

Dans « le Serment des barbares », il dénonçait la corruption dans son pays.

Dans « le Village de l’allemand », il évoquait les anciens nazis exilés en Algérie et osait un parallèle direct entre nazisme et islamisme.

Pourquoi cette audace ? Pas par provocation, ni pour le plaisir de remuer les salissures du passé, non, mais parce qu’il estime qu’un peuple ne peut savoir qui il est, où il va et ce qu’il veut tant qu’il n’écrit pas lui-même, son histoire.

Récemment, le romancier a rencontré à Jérusalem l’écrivain israélien David Grossman. A son retour, il a écrit : « Je suis revenu heureux, riche et heureux ». Le Hamas a crié à la trahison, intervenant auprès du sponsor du prix pour que le romancier soit privé des 12 mille euros qu’il devait recevoir.

On l’a vu le 20 juin chez Gallimard, à Paris, à la remise de ce fameux prix. L’écrivain algérien garde le sourire, son sourire si doux ; il affirme ne pas craindre pour sa vie, en continuant à vivre à Boumerdes, à l’Est d’Alger. Il va écrire encore, parce que la rage de voir son pays asservi lui donne des envies de violences qu’il traduit et calme par sa plume. « Le guerrier est un lâche, l’homme de paix assure la liberté », rappelait il, à la réception du prix du roman arabe, devant Antoine Gallimard, Jean Daniel, Philippe Sollers, Danièle Sallenave...

« Qu’est ce qu’un homme révolté ? Un homme qui dit non », écrivait Camus. Ce n’est pas pour rien que le maître de Boulem Sansal s’appelle Albert Camus.

"Rue Darwin", Boualem Sansal, Gallimard.

Il est l'invité de "Square" sur Arte, dimanche à 11h 45.

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