par Yann Le Guernigou et Matthieu Protard

BRUXELLES/PARIS (Reuters) - Les autorités européennes ont accepté jeudi comme prévu de recapitaliser le système bancaire de l'Union européenne à hauteur de 106 milliards d'euros et ont obtenu en échange des banquiers qu'ils divisent par deux la valeur des titres de dette publique grecque détenus dans leurs comptes pour tenter d'enrayer la crise de la dette en zone euro.

Dans le cadre de l'accord trouvé à l'issue d'un double sommet et après d'âpres tractations, les Européens demandent aux banques de renforcer leur solvabilité financière pour atteindre un ratio de fonds propres de 9% d'ici fin juin 2012 et de renoncer aux versements de dividendes et de bonus pour y parvenir.

Certaines grandes banques européennes, comme la Commerzbank en Allemagne ou SocGen et BPCE en France, ont immédiatement fait savoir qu'elles ne solliciteraient pas d'argent public pour se recapitaliser.

Les autorités entendent toutefois s'assurer que les établissements de crédit ne réduiront pas brutalement leur bilan pour atteindre ces objectifs, et ce afin de ne pas provoquer un assèchement du crédit qui pénaliserait toute possibilité de reprise économique.

"Nous serons très attentifs à un point, c'est que la réduction du bilan pour monter leur niveau de protection de fonds propres se fera d'abord et avant tout au détriment de la distribution des dividendes et des bonus", a ainsi mis en garde le ministre de l'Economie François Baroin.

En Bourse, l'accord européen dope les valeurs bancaires. A 12h30, l'indice bancaire européen avance de 6,92%.

A Paris, BNP Paribas, Crédit agricole et Société générale s'adjugent chacune plus de 13%.

En Allemagne, Deutsche Bank et Commerzbank grimpent de respectivement 14,7% et 13%.

"Le déficit de capital est finalement limité au niveau des 70 banques testées, ce qui en théorie devrait limiter les velléités de 'deleveraging' (réduction de bilan, NDLR)", souligne Alex Koagne, analyste chez Natixis.

"La bonne nouvelle vient de la volonté des autorités de mettre en place une garantie de refinancement sur les émissions de dette à long terme, ce qui pourrait se traduire par une baisse du coût de la liquidité", poursuit-il.

DEUX-TIERS DES BESOINS EN GRÈCE, ESPAGNE ET ITALIE

Les efforts de recapitalisation bancaire se concentrent principalement en Grèce (30 milliards d'euros), en Espagne (26 milliards) et en Italie (15 milliards).

En France, les besoins de recapitalisation sont évalués par l'ABE à 8,8 milliards contre 5,2 milliards en Allemagne.

Dans l'Hexagone, BNP Paribas et Société générale, dont les déficits de fonds propres sont chiffrés à respectivement 2,1 milliards et 3,3 milliards d'euros, ont fait savoir qu'elles ne feraient pas appel au marché pour répondre aux attentes des autorités européennes.

Comme la SocGen, le groupe BPCE (Banque populaire-Caisse d'épargne), dont le déficit de capital est évalué à 3,4 milliards d'euros, compte également sur la mise en réserve de ses bénéfices.

Le groupe Crédit agricole est ainsi le seul établissement bancaire français considéré comme étant déjà assez capitalisé.

L'Autorité bancaire européenne a néanmoins précisé que les chiffres définitifs de recapitalisation seront communiqués en novembre après la publication des résultats du troisième trimestre.

Après la bourrasque boursière de cet été, qui a entraîné une chute brutale de leur valorisation, les principales banques françaises ont pris le mois dernier des mesures visant à réduire la taille de leur bilan et arrêter certaines de leurs activités afin de renforcer leurs fonds propres.

La Société générale, perçue par les marchés comme l'une des banques européennes les pus vulnérables à la crise financière, espère libérer quatre milliards d'euros de fonds propres supplémentaires d'ici 2013 via la réduction de son bilan.

La banque a vu au cours de l'été sa capitalisation boursière fondre de moitié.

Avec Julien Toyer à Bruxelles, édité par Jean-Michel Bélot

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