PARIS, 20 novembre (Reuters) - Les guerres de chefs, héréditaires dans la famille gaulliste, n'ont jamais empêché les réconciliations de circonstance et la dernière "fracture" en date entre Jean-François Copé et François Fillon, tant personnelle qu'idéologique, ne devrait pas déroger à la règle, estiment membres du parti et analystes.

C'est une UMP scindée en deux qui a émergé des urnes après l'élection du président du parti, un duel fratricide "désolant", de l'avis de plusieurs responsables du mouvement, que les deux camps s'accordent à vouloir faire oublier au plus vite.

La déclaration sibylline de François Fillon après la courte victoire de Jean-François Copé, ses mots très durs contre la "fracture politique et morale" de l'UMP, ont pu laisser craindre une sécession au sein du principal parti d'opposition.

Mais François Fillon a assuré mardi qu'il allait rester "au sein de (sa) famille" politique, et qu'il ne fallait pas être "inquiet sur (son) avenir", tout en maintenant que le scrutin pour la présidence de l'UMP avait été entaché d'"irrégularités".

Le député de Paris, qui estime avoir gagné, a expliqué à des proches avoir renoncé à contester les résultats - l'écart est de 98 voix - pour ne pas mettre en péril l'unité du mouvement.

"S'il part, il se suicide. Il est clair qu'il va rester et qu'il va faire entendre sa musique. Aucun des deux ne peut se permettre de casser la baraque, sinon c'est la Bérézina", a résumé l'un de ses soutiens, le député Jacques Myard.

Priorité à la reconstruction, qui ne soit pas un simple replâtrage, acquiesce Jérôme Fourquet, directeur du Département opinion publique à l'Ifop. "Il faut que les principaux protagonistes fassent des efforts pour s'unir. Si on est dans une ambiance de règlements de compte, c'est cette image qui va perdurer dans l'opinion", note-t-il.

Jean-François Copé a proposé mardi "une vice-présidence" à François Fillon mais son allié, Eric Ciotti, a aussitôt qualifié la proposition de "grotesque".

Ce matin, à l'assemblée, a eu lieu une réunion de groupes des députés UMP des deux camps. "l'ambiance était très bonne" a affirmé Christian Jacob leur président copéiste.

Nasser Madji

"COUVRIR TOUT LE SPECTRE"

La commission électorale interne de l'UMP devait achever mardi de valider les résultats du vote sur les six "motions" en lice dimanche, la dernière étape en vue d'une reconnaissance officielle des diverses sensibilités du parti qui était prévue dans les statuts mais aura mis dix ans à voir le jour.

Selon des résultats provisoires, "La Droite forte" des sarkozystes Geoffroy Didier et Guillaume Peltier serait en tête devant "La Droite sociale" de Laurent Wauquiez, soutien de François Fillon, et la motion "France moderne et humanisme" des "copéistes" Jean-Pierre Raffarin et Luc Chatel.

Pour l'ancien Premier ministre Alain Juppé, Jean-François Copé a "l'ardente obligation" de tenir de compte de cette diversité, entre lignes "droitière", libérale, centriste, en vue des municipales de 2014 et de la présidentielle de 2017.

"Nous devons continuer à couvrir le spectre qui va du centre à la droite hors Front national", a confirmé mardi matin Jean-François Copé lors de la réunion du groupe UMP à l'Assemblée.

Le successeur de Nicolas Sarkozy à la tête de l'UMP a affirmé sa volonté d'éviter à "tout prix" la résurgence des rivalités RPR-UDF, un avertissement à Jean-Louis Borloo, tenté de capter l'aile centriste de l'UMP au sein de l'UDI.

Pour le dirigeant centriste, "l'illusion du parti unique, qui tentait de rassembler la droite décomplexée, la droite modérée et le centre droit, ne tient plus". "L'opposition a désormais deux leaders", a-t-il dit au Monde.fr, parlant de lui-même et de Jean-François Copé.

L'HEMORRAGIE CENTRISTE MENACE

L'ex-ministre centriste Pierre Méhaignerie a annoncé mardi dans un communiqué qu'il ne se reconnaissait plus dans l'organisation actuelle de l'UMP et rejoignait l'UDI.

Pierre Méhaignerie

C'est son choix", a réagi sur itélé Jean-François Copé. "Pierre a manifesté depuis de nombreuses années le souhait de quitter l'UMP. C'est son choix, je le respecte", a dit le président de l'UMP.

Quant au centriste Marc-Philippe Daubresse, bras droit de Jean-François Copé à l'UMP, il a exprimé mardi sa "tristesse", tout en assurant que ce dernier "ne sera pas suivi par la très large majorité des parlementaires centristes de l'UMP". "Plus que jamais, nous estimons que le message humaniste et centriste ouvert libéral social et européen doit s'exprimer pour être efficace au sein et non à l'extérieur d'une grande formation politique de la droite et du centre", explique assure le secrétaire général adjoint de l'UMP, en critiquant l'attitude de M. Méhaignerie, une "initiative qui reste limitée et va à l'encontre de l'efficacité"

"Bienvenue à Pierre Méhaignerie qui rejoint l'UDI afin de prouver que l'opposition doit marcher sur deux pieds", a réagi le député (UDI) Yves Jego sur twitter. "Et merci à tous ceux qui nous appellent", a ajouté sur les réseaux sociaux Jean-Christophe Lagarde.

Invité du journal de 18h sur France Inter, le secrétaire général de l'UDI, a rappelé que « ceux qui veulent revenir à la maison sont les bienvenus.

Plusieurs membres de l'UMP parlent de rejoindre l'UDI, mais la majorité des "fillonistes" assurent vouloir faire entendre leur différence au sein de l'UMP tout en excluant d'intégrer, dans l'immédiat, les instances nationales du parti. A charge pour François Fillon de les rassurer sur ses intentions. Il a déclaré lundi soir qu'il ferait connaître "dans les jours qui viennent" la forme de son engagement politique futur. Ses soutiens ont prévu de se réunir mardi prochain.

"Il y aura une structuration forte autour de François Fillon", a assuré Eric Ciotti. "Il sera un acteur majeur de la reconquête du pouvoir", a-t-il ajouté, laissant entendre que l'ex-Premier ministre n'avait pas renoncé à 2017 et à la primaire d'investiture théoriquement prévue en 2016.

Lionel Tardy a évoqué la possibilité d'une organisation autour de "France.9", le club de réflexion créé par François Fillon en 2002. "Chaque fois qu'on ne sera pas d'accord avec certaines positions, on le dira. On est pour le rassemblement, le redressement de la France, plutôt que les pains au chocolat", a expliqué le député de Haute-Savoie en référence à la campagne controversée de Jean-François Copé.

Pour l'ancien ministre François Baroin, rallié à François Fillon, "un travail de conviction" s'impose auprès des militants qui "ont toujours été plus à droite que les leaders".

"Si le parti devait dériver de façon systématique vers des positions droitières excessives, beaucoup de gens ne s'y reconnaîtraient plus", a averti Pierre Lellouche.

avec Nicholas Vinocur, édité par Yves Clarisse

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