A l'approche du premier tour de la présidentielle, proches et soutiens de Nicolas Sarkozy multiplient les tentatives de séduction envers le centriste François Bayrou, qui paraît mesurer les limites de son défi d'indépendance dans les intentions de vote.

Le "troisième homme" du scrutin de 2007 (18,57%) stagne autour de 13% pour le premier tour, bien loin du sésame espéré pour bouleverser le duel annoncé entre le socialiste François Hollande et le président sortant Nicolas Sarkozy.

"Je ne suis pas attirable", ne cesse pourtant de souligner le président du Mouvement Démocrate (MoDem).

Envisager une alliance de second tour reviendrait pour le centriste, tout aussi critique envers le PS que l'UMP, à scénariser par avance une élimination prématurée. Sa "ligne d'indépendance" -appréciée par les Français qui le plébiscitent en termes de popularité à 70% dans le dernier baromètre Ifop-Paris Match- n'y survivrait pas.

L'équipe du candidat centriste, satisfaite de la "grand'messe" du Zénith de dimanche dernier, estime que la campagne "ne fait que commencer" et se veut convaincue, non sans un voile de perplexité, que la popularité du héraut de "La France solidaire" se convertira en suffrages.

"Dans les moments difficiles, les gens ont besoin d'aimer, mais il est difficile pour un candidat apprécié comme François Bayrou d'être audible dans un système bipolaire", relève un haut responsable de la majorité. "Il est en train de mesurer les limites de l'exercice solitaire", souligne-t-il.

Quand bien même l'auteur d'"Abus de pouvoir" (2009), qui dénonçait en Nicolas Sarkozy un "enfant barbare", poursuit ses attaques en mode mineur contre le chef de l'Etat, l'UMP prend soin de ménager le dirigeant centriste.

Car si Nicolas Sarkozy semble désormais bénéficier d'une dynamique unitaire à droite pour le premier tour, le second, pour lequel les sondages le donnent systématiquement perdant, reste un défi tactique.

Les enquêtes indiquent une forte proportion d'indécis dans les électorats du centre et de l'extrême droite pour le second tour et des reports à plus de 30% sur la candidature de François Hollande. L'entreprise de séduction s'annonce ardue pour le président sortant...

A pas mesurés, le parti présidentiel, qui a rallié à sa cause le centriste Jean-Louis Borloo, esquisse un rapprochement.

"IL NE SE TROMPERA PAS"

C'est la ministre du Budget Valérie Pécresse qui laisse entendre mardi au "Talk" Orange-Le Figaro que le député béarnais pourrait devenir le Premier ministre de Nicolas Sarkozy si ce dernier est réélu : "Tout est possible".

C'est le Premier ministre, François Fillon, qui fait mine d'engager les négociations jeudi sur France Inter.

"Je souhaite qu'il mène sa campagne et que de part et d'autre on ne commette rien d'irréparable pour pouvoir parler ensemble après le premier tour", a-t-il déclaré.

Les termes du contrat sont posés mais l'intéressé a la "tête dure". "Je n'ai aucune envie de me laisser attirer dans quelque piège, même sucré, que ce soit", avait-il prévenu dès le 9 mars sur France 2.

La question du "choix" devrait pourtant s'imposer au président du MoDem, qui a perdu nombre de ses soutiens en 2007 pour avoir refusé de se positionner dans le duel entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal.

"En 2007, François Bayrou a loupé la seconde marche. S'il n'est pas au second tour en mai, il devra se choisir un allié et négocier un projet avec lui", juge le sénateur de la Mayenne Jean Arthuis, l'un des proches conseillers du candidat du MoDem.

En juillet 2011, François Bayrou a assuré à des journalistes qu'il ferait "un choix clair" cette année.

"Si François Bayrou fait un choix, y compris pour perdre, il se repositionne comme le leader du centre", analyse un élu de la majorité.

Pour Yvan Lachaud, président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée, la logique d'un ralliement à Nicolas Sarkozy, dans l'hypothèse de sa qualification pour le second tour, s'imposera naturellement à François Bayrou.

"François dit lui même que si François Hollande est élu, c'est la catastrophe pour le pays. Donc entre deux maux, je pense qu'il choisira le moindre pour lui, qui est de se rapprocher de Nicolas Sarkozy", a-t-il dit mercredi.

Alain Juppé, qui connaît bien l'homme, est confiant.

"J'ai une petite conviction, cette fois-ci, il ne se trompera pas. Il n'est pas socialiste".

Edité par Patrick Vignal

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