La justice allemande a accepté ce jeudi d'examiner la requête d'un paysan péruvien contre le géant de l'énergie RWE. Une décision inédite. Le paysan veut contraindre l'entreprise à payer les dégâts causés par le changement climatique dans sa région natale des Andes.

Saul Luciano Lliuya,  devant le tribunal de Hamm en Allemagne le 13 novembre 2017
Saul Luciano Lliuya, devant le tribunal de Hamm en Allemagne le 13 novembre 2017 © AFP / PATRIK STOLLARZ

C'est une décision sans précédent. La justice allemande a accepté ce jeudi d'examiner la requête d'un paysan péruvien, Saul Luciano Lliuya, contre le géant de l'énergie RWE. Ce fermier veut contraindre l'entreprise à réparer les effets du changement climatique dans les Andes. La cour d'appel de Hamm a estimé sa requête "recevable" et ordonné une série d'expertises sur l'effet des émissions de gaz à effet de serre de RWE.  

Habitations menacées

Agriculteur et guide de haute montagne, Saul Luciano Lliuya est originaire de Huaraz au Pérou. Cette localité de la Cordillère des Andes, située à 400 km au nord de Lima, la capitale, est directement menacée par la fonte spectaculaire des glaciers. Cela provoque la formation de lacs qui menacent d'engloutir les habitations.

Soutenu par l'ONG Germanwatch, l'homme a donc décidé de porter plainte contre RWE en 2015. L'entreprise allemande ne possède aucune centrale au Pérou mais elle fait partie des principaux émetteurs de gaz à effet de serre de la planète.  Le fermier souhaite qu'elle finance une partie des travaux de sécurisation contre les risques d'inondation dans les Andes. Il demande aussi le remboursement des 6 300 euros de travaux effectués pour protéger sa maison contre la montée des eaux. A la sortie d'une première audience, mi-novembre, il précisait :"je veux pouvoir _retourner dans ma montagne et dire aux gens que j'ai fait quelque chose pour eux_". 

"Aider pour l'avenir", Saul Luciano Lliuya

Pour l'association environnementale qui l'accompagne, la décision prise ce jeudi par la justice allemande est une petite victoire. "Le simple fait d'entamer les débats sur le fond, dans cette affaire, écrit une page d'histoire du droit", s'est réjouie Roda Verheyen, l'avocate de Saul Luciano Lliuya, citée par l'ONG Germanwatch. "La cour a assez clairement laissé entendre que les gros émetteurs comme RWE avaient fondamentalement l'obligation d'aider les victimes du changement climatique dans les pays pauvres", a précisé l'association dans un communiqué. 

De son côté, le groupe RWE évoque une requête "injustifiée", estimant qu'il n'est "pas possible d'imputer juridiquement à un émetteur particulier des conséquences spécifiques d'un changement climatique".

Selon les rapports d'experts présentés lors de la COP23 organisée du 6 au 17 novembre dernier à Bonn en Allemagne, les émissions liées à l'industrie et à la combustion d'énergies fossiles devraient croître d'environ 2% (entre 0,8 et 2,9%) cette année par rapport à 2016 et atteindre un niveau record.  Cette pollution accrue éloigne la promesse des Etats signataires de l'accord de Paris de garder le réchauffement planétaire sous 2°C, voire 1,5°C.

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