La Chine, première puissance mondiale du XXIème siècle. Si cette affirmation sonne comme une évidence, l'empire du milieu doit faire face à des enjeux démographiques et économiques de taille : la baisse de la natalité depuis la mise en place de la politique de l'enfant unique dans certaines régions dans les années 1970 oblige aujourd'hui les Chinois à faire face à un viellissement prématuré de la population. D'autre part, l'exode rural s'accentue avec le creusement des inégalités entre ville et campagne et contraint la Chine à réorganiser ses centres urbains. Si les chiffres de l'économie chinoise sont flatteurs, ils cachent une réalité sociale très dégradée. Les inégalités sont criantes entre les régions littorales industrialisées et le centre du pays qui reste rural. La Chine ne vit plus en vase clos et la stabilisation des échanges avec l'étranger, notamment en ce qui concerne les importations de matière première est un autre enjeu majeur pour la prochaine superpuissance mondiale.

L'enjeu démographique : le vieillissement de la population

Selon l'organisation mondiale de la santé, avec près de 1,34 milliards d'habitants en 2010, les Chinois représentaient à eux seuls 20% de la population mondiale. Leur nombre à doublé en tout juste un demi-siècle. En cause, l'amélioration des conditions de vie. L'espérance de vie moyenne d'un Chinois à la naissance était de 43 ans en 1960. Aujourd'hui, elle dépasse les 73 ans, plaçant la Chine au même niveau que certains pays européens dans le domaine.

En 1963, une Chinoise avait en moyenne sept enfants. Par conséquent, malgré les politiques de contrôle des naissances (dont la fameuse politique de l'enfant unique, mise en place dans les années 70), la population a continué à augmenter rapidement jusque dans les années 1990. En 2010, le taux de fécondité était stabilisé à 1,55 enfant par femme. Aujourd'hui, le pays doit donc faire face à un nouveau défi : le vieillissement de sa population. Selon une projection de l'université de Genève , en 2050, le nombre de personnes âgées d'au moins 65 ans devrait avoir doublé par rapport à 2000 et pourrait atteindre les 15% de la population chinoise. La question de leur prise en charge se pose d'ores et déjà. D'autant que dans la plupart des provinces, les familles n'élèvent qu'un seul enfant qui ne pourra pas subvenir aux besoins de ses parents. L'autre enjeu, c'est l'urbanisation. Aujourd'hui, près d'un Chinois sur deux vit en ville. Si cette proportion peut paraître faible, elle est en fait le résultat d'une dynamique très rapide. En 1949, la Chine ne comptait que 10% de citadins, 26% en 1986. Le mouvement des citoyens est en théorie régulé par les autorités, grâce au hukou . Ce carnet distribué à chaque citoyen à sa naissance le rattache en effet à un territoire, ce qui permet aux dirigeants de contrôler les flux d'urbanisation. On estime que chaque année, 10 millions de Chinois sont reclassés de ruraux à urbains. Parallèlement, 1,5 millions de migrants vivraient en ville sans autorisation. D'après les estimations du China Institute, il y aura un milliard de citadins en Chine d'ici 2025. Ce développement très rapide des villes, voire des mégapoles, pose des problèmes majeurs pour l'avenir. D'abord, en termes d'énergie. La Chine est désormais le deuxième consommateur mondial d'énergie, juste derrière les Etats-Unis. 70% de son électricité provient de centrales à charbon et seulement 10% de sources d'énergie renouvelables.Par ailleurs, la question de l'eau potable est également soulevée. L'OMS estime que l'eau de 90% des nappes phréatiques chinoises est impropre à la consommation. Elle relève également 750.000 décès par an, suite à des maladies liées à la pollution de l'air ou de l'eau. Enfin, la concentration de population en ville favorise aussi la circulation de l'information et facilite les regroupements. Elle pourrait donc faire émerger une classe contestataire de mieux en mieux organisée, notamment grâce à Internet.

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L'enjeu économique : répartir les richesses et gagner des marchés

8% de croissance. En Europe, ce chiffre laisserait rêveur. En Chine, il inquiète et mobilise la classe politique. Le pays connaît une croissance qui dépasse ou frôle les 10% chaque année depuis 1978 et il produit à lui seul un tiers de la croissance mondiale. Selon les experts, son PIB devrait même dépasser celui des Etats-Unis avant 2020 et la Chine deviendrait ainsi la première puissance économique mondiale. Une richesse qui s'est encore accélérée au début des années 2000. En 2004, la Chine ne recensait que trois milliardaires, ils étaient 106 en 2007. Cette richesse provient essentiellement de l'industrie. En quelques décennies, le secteur s'est taillé la part du lion dans la production nationale. Il représente aujourd'hui 47% du PIB et emploie un quart de la population. L'agriculture, secteur roi jusque dans les années 1980 ne produit plus que 10% du PIB et occupe 47% de la population active. Mais si la Chine est devenue une superpuissance, c'est aussi parce que la productivité de ses ouvriers s'est grandement améliorée. En 1985, une usine chinoise produisait 30 fois moins vite qu'une usine américaine de même capacité. C'est le très faible coût de la main d'oeuvre qui rendait ces usines compétitives et qui a atiré les capitaux étrangers. Aujourd'hui, la productivité des ouvriers chinois s'est nettement améliorée car ils sont davantage qualifiés sans pour autant coûter beaucoup plus cher. De quoi attirer les capitaux étrangers dans le pays : désormais, seulement 35% des exportations du pays proviennent d'entreprises à 100% chinoises. Mais cette richesse produite au niveau national ne profite pas à la population dans son ensemble. Les inégalités entre le littoral et le centre de la Chine ne cessent de s'accroître. D'après la Banque mondiale, en 2010, 350 millions de personnes vivaient encore sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins d'un dollar par jour ; et 21 millions de personnes avec moins de 77 dollars par an. Pour la plupart, elles vivent à la campagne où le chômage atteint presque 10%. C'est deux fois plus que dans les zones urbaines. En moyenne, les revenus sont aussi trois fois plus faibles en zone rurale. Mais si la Chine n'a pas été ébranlée par la crise asiatique de 1997, elle est aujourd'hui touchée par la crise financière mondiale. Pour contrer ses effets, les équipes dirigeantes ont souvent choisi d'investir en masse dans de nouvelles infrastructures pour soutenir la croissance. En 2012, les plans de relance des différentes provinces atteignent déjà 17 000 milliards de yuans (plus de 2 000 milliards d'euros). Une stratégie jugée dangereuse par Wu Jinglian, économiste chinois de renommée mondiale. En septembre dernier, il s'inquiétait de la multiplication de ces projets et surtout de leur nature. Pour lui, ils ne se dirigent pas vers des secteurs réellement porteurs et n'aideront pas, à terme, à conserver une croissance forte et à désenclaver économiquement les campagnes.

Autre pari des dirigeants chinois : les investissements à l'étranger. Si son économie est en grande partie dépendante de ses exportations, elle l'est aussi de ses importations de matières premières. Ces dernières années, la Chine s'est donc concentrée sur la sécurisation de ces échanges. En 2001, elle a intégré l'OMC (l'Organisation mondiale du commerce) et en a profité pour signer de nombreux accords commerciaux, notamment avec le continent africain. En dix ans, elle a multiplié par huit le volume de ses échanges avec l'Afrique noire et est créancière d'une quinzaine de pays de la zone. Il y a de quoi attirer l'attention des chercheurs, et des ONG comme le CETRI. Le FMI est même intervenu en 2007 : il a conditionné l'effacement de 90% de la dette du Congo à la réduction des engagements chinois. Si aucun pays occidental n'est en mesure de rivaliser actuellement avec les ambitions chinoises, tous gardent un oeil attentif sur son implantation de plus en plus tentaculaire.

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