Le revoilà, le spectacle qui a divisé Avignon, l'été dernier! Avec son désir de casser les codes et de mettre le feu à la scène, le trentenaire Vincent Macaigne propose sa version de Hamlet de Shakespeare, dans « Au moins j’aurai laissé un beau cadavre », à Chaillot puis en tournée, trash et vociférante.

Macaigne voit en Hamlet un jeune homme en colère. Il explore ce sentiment sur scène durant 3h50. Hamlet crie, Claudius, son oncle meurtrier de son père, remarié avec sa mère crie aussi contre ce beau-fils « dépressif », la reine et le père d’Ophélie hurlent, comme les conseillers et la triste Ophélie subit.

Le spectateur des premiers rangs dispose d’une bâche pour se protéger car les acteurs jouent dans la boue et se vautrent dans la tombe du roi, une fosse remplie d’eau d'où surgit, de temps en temps, le cadavre du défunt. La scène comme pataugeoire, terrain de jeu des acteurs, royaume où plus personne ne tient debout. On tombe, on s’insulte, il y a des coups, un viol, c’est le règne de la folie, de l’hystérie, c’est la guerre des nerfs au royaume d’Elseneur.

Oui, le spectacle entre tragédie, comédie, grand guignol et poésie, s'étire. On aurait envie de couper à grands traits des personnages inutiles et vulgaires (« Robert Robert », l’acteur appelé par Hamlet pour reproduire sur scène le meurtre de son père par Claudius va jusqu’à montrer son caca), on aimerait que l’exigeant metteur en scène préserve ses acteurs, contraints à un engagement total (cris, roulades dans la boue et le faux sang, corps nus qui se mélangent souvent).

Dans la deuxième partie, la plus belle, Macaigne calme (un peu) le jeu (ne partez pas à l’entracte !). Inoubliables, certaines images de théâtre: les morts successives se jouent dans un bassin en verre, rempli d’eau. Les personnages nus et ensanglantés entrent un à un dans le bocal transparent et leurs cadavres flottent, lavés et purs, enfin. Le temps de vivre une scène d’une émotion inouie entre la reine et son fils, où colère et amour parlent d’une même voix, le temps d’assister à l’impossible réunion du couple Hamlet et Ophélie. Les actrices Laure Calamy et Julie Lesgages, dans ce monde d’hommes machos et brutaux, ont de grands moments de grâce et de vérité. Si le spectacle, encore une fois, présente un certain de nombre de défauts (tendance aux scènes potaches, interaction facile avec le public, scènes trop longues), il révèle une lecture d’un classique personnelle et ébouriffante.

Vincent Macaigne, "Au moins j'aurai laissé un beau cadavre", d'après Hamlet de William Shakespeare, à Chaillot à Paris jusqu'au 11 novembre, du 16 au 25 novembre à la MC 92 Grenoble, les 5 et 6 janvier à la Filature de Mulhouse, les 11 et 12 janvier à l'Hippodrome de Douai, du 18 au 20 janvier à Orélans, du 25 au 27 à Nantes, le 8 février à Luxembourg, les 14 et 15 février au Phénix de Valenciennes.

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