PARIS, 21 septembre (Reuters) - Le Conseil constitutionnel a jugé vendredi que la corrida était compatible avec la loi française, en réponse à une procédure lancée par des défenseurs des animaux contre la pratique tauromachique.

Les réactions sont très vives, par Julie Piétri

L'association Droits des animaux (DDA) et le Comité radicalement anti-corrida (Crac) Europe réclamaient, via une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), l'abrogation d'une disposition du Code pénal autorisant la tauromachie et les combats de coqs sous couvert "du principe de tradition locale ininterrompue" - une dérogation aux sanctions pour cruauté envers les animaux.

Les anti-corridas considèrent que cet alinéa 7 de l'article 521-1 du Code pénal - code qui réprime de deux ans d'emprisonnement et 30.000 euros d'amende la cruauté envers les animaux - porte atteinte au principe d'égalité devant la loi.

Les "Sages" expliquent dans leur décision que "le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général".

Quatre régions françaises - Aquitaine, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte d'Azur - sont depuis le XIXe siècle une place forte mondiale de ce spectacle importé d'Espagne et organisé dans une quarantaine de villes, notamment à Nîmes, où est mort en 1991 le légendaire matador français Christian Montcouquiol, "Nimeno II".

La corrida a été interdite en 2010 dans la province espagnole de Catalogne.

Selon un sondage Ifop paru jeudi, les Français sont partagés sur l'abolition de la tauromachie, réclamée notamment par l'ex-comédienne Brigitte Bardot : 48% y sont favorables, 42% souhaitent qu'elle continue d'être autorisée.

"UN PETIT NOMBRE IMPOSE SA LOI"

"D'un point de vue juridique, le législateur avait déjà fait son oeuvre. C'était bien (...) que le Conseil constitutionnel vérifie la constitutionnalité de la loi qui autorise l'exception culturelle de la corrida dans les régions du Sud", a commenté sur BFM TV Simon Casas, ancien matador français.

"C'est fait. Je pense qu'à présent il n'y a aucune raison de faire disparaître ce qui touche le coeur de la sensibilité du peuple du Sud", a-t-il ajouté.

Pour Jean-Pierre Garrigues, président du Crac et vice-président du Crac Europe, la décision du Conseil constitutionnel est la preuve "que nous ne sommes pas en démocratie sur ce sujet, mais bien en dictature tauromachique puisqu'un petit nombre impose sa loi".

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, un aficionado d'origine catalane, a pris publiquement la défense de la tauromachie, s'attirant les foudres des détracteurs d'une "barbarie".

"Nous perdons au Conseil constitutionnel mais nous revenons immédiatement sur notre plainte pour demander l'annulation de la corrida au patrimoine culturel immatériel français, le seul pays au monde à l'avoir fait", a dit Jean-Pierre Garrigues.

La corrida a été inscrite sur la liste du patrimoine immatériel français en avril 2011.

Les opposants à la tauromachie comptent également porter le débat à l'Assemblée nationale, où une proposition de loi avait été déposée sur le sujet en 2010.

La députée UMP Muriel Marland-Militello et sa collègue socialiste Geneviève Gaillard sont à l'origine de ce texte visant à punir "sans exception" les sévices graves envers les animaux domestiques, apprivoisés ou tenus en captivité. Le texte n'a jamais été soumis au vote.

Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

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