En France, ils sont près de 24 000 pour 63 000 détenus. Les surveillants de prison ont décidé de bloquer leurs établissements à partir du lundi 4 mai et au moins jusqu’au 7, faute de mieux, car ils n’ont pas le droit de se mettre en grève.

Ils dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles.

Didier a 39 ans, il est surveillant à la Maison d’arrêt de Fresnes depuis 2003.

Son métier n’a rien d’une vocation. C’est le chômage qui l’a conduit à devenir gardien de prison et une campagne publicitaire qu’il juge mensongère.

Didier, surveillant de prison (Yann Gallic)

Le quotidien d’un surveillant c’est courir et se faire insulter

La France compte 63 000 détenus pour 51 000 places. Une surpopulation combinée à un manque de personnel. Conséquence : les insultes, menaces ou agressions sont de plus en plus fréquentes.

Exemple à Fresnes en région parisienne, une maison d'arrêt vétuste, où le taux d'occupation dépasse les 150% et où les conditions de travail n’ont cessé d’empirer. A lui seul Didier gère maintenant près de 120 détenus.

Didier, surveillant à la Maison d’arrêt de Fresnes (Yann Gallic)

### Pas d’eau chaude à Fresnes, ni pour les prisonniers, ni pour les surveillants

Comme la plupart de ses collègues, Didier n'a pas choisi ce métier par vocation mais par nécessité. Un métier où il pensait tout de même pouvoir être utile à la société. Mais les conditions de travail et les conditions de détention rendent selon lui totalement impossible l’accomplissement de sa mission d’écoute et de réinsertion.

Aujourd'hui, Didier se sent abandonné par sa hiérarchie.

Didier, surveillant à la Maison d’arrêt de Fresnes (Yann Gallic)

Des surveillants se sont fait lyncher à l’extérieur.

Certains surveillants ont peur de ce qui pourrait leur arriver en prison. Mais beaucoup de gardiens craignent également d’être agressés à l’extérieur par d’anciens détenus ou leurs familles. Alors ils mentent sur leur profession ou finissent par changer de métier.

Didier l’avoue, tous les matins avant d’aller travailler c’est « la boule au ventre »

Didier, surveillant à Fresnes (Yann Gallic)

### Un travail difficile même dans une prison modèle

La prison de Tarascon est un centre de détention qui accueille uniquement des prisonniers déjà condamnés. 660 détenus dont la plupart arrivent en fin de peine.

Une prison qui passe plutôt pour un modèle. Ici pas de rats qui courent dans les coursives, ni de prisonniers entassés dans des cellules crasseuses. Une prison moderne construite en 1991 et dont les murs ont été fraichement repeints.

Restent des conditions de travail souvent difficiles pour les surveillants. Comme Nicolas Capron avec qui Yann Gallic a pu passer une journée.

Reportage de Yann Gallic

Ce que veulent les gardiens de prison

Aujourd'hui, les syndicats pénitentiaires dénoncent tous une situation devenue explosive et une politique pénale essentiellement axée sur l'incarcération. Il faudrait, selon eux, engager une vraie réflexion pour développer les peines alternatives.

La surpopulation carcérale combinée à un manque de personnel fait que la plupart des surveillants multiplie les heures supplémentaires pour faire face à une charge de travail croissante. Les syndicats réclament donc une hausse des effectifs, et ce dès l'an prochain.

Autre point de discorde : la prime de risque. Elle représente aujourd’hui 24% du salaire d'un surveillant qui en début de carrière touche 1 200 euros nets par mois. Mais cette prime est retirée de manière quasi systématique en cas d'arrêt maladie. Une honte selon les syndicats qui attendent des mesures concrètes de la part du ministère de la justice, car, disent-ils, « les surveillants de prison sont aujourd'hui au bout du rouleau ».

Ahmed El Hoummass est secrétaire régional de la CGT pénitentiaire. Il a travaillé de 2003 à 2007 à Fresnes. (Yann Gallic)

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.