Natalie Dessay habite la Varenne Saint-Hilaire, avec son mari, le baryton Laurent Naouri et leurs deux enfants. Loin de l'image de la diva enfermée dans sa tour d'ivoire, c'est elle qui vient vous chercher à la gare RER en voiture, dans sa doudoune bleue, elle qui vous sert un café et danse au son de sa musique (Demy-Legrand, entre autres, car elle s'apprête à enregistrer les plus belles chansons du cinéma). Une star accessible, donc, naturelle, ce qui, promis, est rare et même assez bouleversant. Natalie Dessay est déterminée. Elle a des idées parfaitement précises sur le répertoire qu'elle veut encore chanter ("la Traviata" à Santa Fe en 2009 avec Laurent Pelly, et un rêve : Chéreau, un jour, pour la diriger dans le même opéra. Et peut-être, du théâtre, dans "l'ignorant et le fou" de Thomas Bernhardt mis en scène par Alfredo Arias). Elle sait aussi que dans dix ans, elle interrompra sa carrière internationale. "Après la ménopause, je change tout! D'abord, parce que la voix ne sera plus la même, ensuite parce que ce métier est formidable mais éprouvant pour le corps et la tête". A ce moment là, ses traits se raidissent, son visage trahit une angoisse perceptible: "Le public attend tellement d'une chanteuse... Nous sommes dans la performance en permanence. Vous n'imaginez pas à quel point c'est exigeant, difficile et angoissant". Métier fait de plaisir ("On gagne bien sa vie, on travaille avec des gens que nous choisissons") et de contraintes : ne pas manger de graisse, renoncer aux boissons gazeuses ("lutter contre le RGO, le reflux gastrique oesophagien, c'est une loi quand on chante!"), renoncer à l'alcool. Boire du thé vert, garder la ligne, supporter les voyages, loin de la famille et ne pas craquer devant la pression qu'entraine l'attente des spectateurs. Travailler, travailler, travailler. Le jour de l'enregistrement, Natalie Dessay venait de chanter des cantates de Bach, chez elle, en s'accompagnant au piano. Elle était soulagée d'avoir trouvé deux heures pour s'isoler, mais stressée aussi à l'idée de ne pas avoir assez travaillé.

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Dessay © Radio France
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