La fac de Dauphine se prépare à l’arrivée des Chinois Le « Mythe de Midas » vous connaissez : ce roi à qui Bacchus donna le pouvoir de transformer en or tout ce qu’il touchait. Il faillit évidemment en mourir, car il ne pouvait plus manger. Pour un économiste (pour Keynes en particulier) c’est un mythe passionnant, qui raconte un peu le capitalisme. J’aime bien ce mythe et voilà que le net m’offre un article intitulé : « De Midas à Peau d’Ane ou de l’or à l’ordure ». Gloup ! Bon Dieu ! Mais c’est bien sur ! L’or de Midas, c’est le caca de Freud, ou l’or de « l’âne qui chie des ducats » de la fable, l’âne aux ducats étant l’un des noms du diable... Et tout excité je me précipite sur cet article. Hélas, hélas, cet article est publié par le CNRS, et le CNRS, le Centre National de la Recherche Scientifique, organisme public, empli de chercheurs désintéressés, de tous ces gens généreux qui tournaient devant l’Hôtel de Ville pour défendre la recherche publique (souligner publique) exige une quinzaine d’euros pour le communiquer. Quelle que soit la qualité de cet article, qui, n’en doutons pas, vaut la théorie de la relativité, il est stupéfiant que le CNRS fasse payer l’accès aux travaux de ses chercheurs. Stupéfiant : affreux, honteux, scandaleux ! Il est honteux que le CNRS « valorise » sa recherche comme un vulgaire marchand de cacahuètes, et encore un marchand de cacahuètes n’a pas l’arrogance des marchands de calembredaines que sont certains des chercheurs du CNRS. Le principe de la recherche est non marchand : je te donne une recherche, une avancée, une piste dans un colloque, je prend tes recherches, je n’ai rien perdu, tu n’as rien perdu, et nous avons gagné tous les deux. Ainsi la recherche est par définition gratuite et coopérative. Que des petits malins aillent ensuite la « valoriser » en transformant de la chimie organique en carambars et kilos de graisse, peu importe. Mais qu’une recherche sur la mythologie soit mercantilisée, voit qui est tout simplement indigne. Il y a heureusement des lieux où l’on peut écouter des chercheurs gratuitement : le Collège de France par exemple. J’imagine que les patrons du CNRS iraient faire la quête à la sortie d’un cours. Ils sont de la race de ceux qui interdisent le « photocopillage », qui sont contre le prix unique du livre, ou voulurent interdire les bibliothèques gratuites (une corporation d’éditeurs s’y employa, sans succès). Ils soutiennent tout ce qui est police du net, interdiction du partage du fichiers, ils sont pour l’exclusion. Ils n’ont pas la même conception de la recherche que les professeurs du Collège de France. Ils n’ont rien compris à la recherche : Qu’ils aillent se faire embaucher chez Midas, le marchands de pots d’échappements (tiens ! prout-prout, freudien, le marchand non ?) pour y parler du roi Midas entre deux pubs. J’imagine que le CNRS (la direction du CNRS) est favorable à la hausse des tarifs proposée par l’Université de Paris-Dauphine. Franchement, que des étudiants acceptent de payer 4000 euros par an pour suivre les études les plus anti-romantiques qui soient – gestionnaire de fonds, trader, calculateur, broker, comptable, boursicoteur – et les plus débiles qui soient – personne, en économie, ne croit plus aux « marchés efficients », à la distribution normale des risques et à l’anticipation des risques, sauf les gens de Dauphine qui usent leurs yeux sur des graphiques analysant des séries boursières, est une bonne chose : par cet « appel de prix » (c’est cher, donc c’est bien !) Dauphine va pouvoir canaliser les étudiants qui ne méritent pas de faire des études supérieures, mais sont voués à faire tourner les calculettes qui bientôt remplaceront avantageusement leurs cerveaux. Quoi ! Vous êtes contre la hausse des droits d’inscriptions ! Vous ne voulez pas « responsabiliser » les étudiants ? Vous voulez clochardiser les facs ? Vous ne trouvez pas que l’Université française se tiermondise suffisamment ? Vous voulez que les profs soient mieux payés, oui ou non ? Regardez les facs américaines ! Chères, mais tellement vivantes, diverses ! Où fait-on des thèses sur la Langue d’Oc ? A Toulouse ou à Columbia ? C’est vrai. Il y a un problème, et d’abord un problème d’accueil : les facs françaises devraient pouvoir accueillir les meilleurs étudiants du monde, et les meilleurs profs, pour ça il faut des locaux, du matériel, des sous. Des bourses, des allocations étudiants. Non parce que c’est la France, mais parce que c’est Condorcet qui a proposé le principe sur lequel on doit fonder la démocratie et l’éducation : « lorsque la loi a rendu les hommes égaux, leur inégalité ne peut venir que de leur éducation ». La décision de Dauphine est anti-démocratique. Malheureusement, il ne s’agit pas seulement de canaliser vers Dauphine ceux qui ne méritent pas d’étudier Midas et la mythologie. Cette fac décide d’écrémer quelques fils à papa pour leur donner les moyens de gérer le capitalisme, et au delà le bon peuple à travers les marchés financiers et l’idéologie du marché. Dauphine chante les louanges du marché, et le marché est anti-démocratique. Le marché c’est la démocratie de l’argent : celui qui donne cent euros vaut cent fois celui qui en donne un, c’est vrai pour les droits d’inscription comme pour tout. L’idéologie de Dauphine est celle de « too big to fail », je suis une banque trop grosse, et si je crève, je te fais crever, alors aboule le fric pour que je continue à faire de la finance ! Aujourd’hui je spécule pour donner des ordre à la Grèce qui a inventé la démocratie. Au fond, l’idéologie de Dauphine, c’est la Chine : des flics, des prisons, du travail, de la croissance et on se tait. La Chine a fait enfin la preuve que le marché, et particulièrement le marché financier, qui pratique le chantage, c’est la tyrannie. Ca méritait bien 4000 euros de frais d’inscription.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.