Jour de funérailles en Tunisie
Jour de funérailles en Tunisie © MaxPPP

Des dizaines de milliers de Tunisiens (50.000 selon les autorités) ont scandé des slogans hostiles aux islamistes ce matin, à Tunis, pour les obsèques de l'opposant Chokri Belaïd. Son assassinat mercredi a plongé dans une crise profonde le berceau du "printemps arabe".

La foule s'est massée devant la maison de la culture de Djebel Jelloud, en banlieue sud de la capitale, là où reposait le corps du dirigeant de l'opposition de gauche laïque, tué de quatre balles mercredi devant chez lui.

Le cercueil, recouvert du drapeau national, a été placé ensuite sur une camionnette de l'armée. L'ancien avocat doit être inhumé dans l'après-midi au cimetière du Djellaz. "Belaïd, repose en paix, nous continuons la lutte", scandait la foule, en brandissant des portraits de l'opposant assassiné.

Philippe Randé a assisté aux funérailles. Reportage.

Selon le ministère de l'Intérieur tunisien, quelque 50.000 personnes ont assisté aux funérailles. Il assure aussi que "grosso modo, les manifestations dans le pays se sont bien passées". Même si "132 malfaiteurs" ont été arrêtés lors de heurts entre policiers et casseurs, aux abords du cimetière.

"Terrorisme dehors"

On a aussi entendu des slogans hostiles à Rached Ghannouchi, le chef d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir : "Ghannouchi, assassin, criminel", "La Tunisie est libre, terrorisme dehors".

La Tunisie a tourné au ralenti toute la journée. A cause de la tension qui règne, tous les vols depuis et vers la Tunisie sont annulés aujourd'hui. Pas d'avion donc, mais aussi peu de bus dans les rues de Tunis. Par crainte de nouvelles violences, de nombreux commerces et des banques n'ont pas ouvert dans la capitale. L'Ambassade de France à Tunis, elle, a fermé les écoles françaises.

Dans le même temps, la puissante centrale syndicale UGTT et les quatre principaux partis de l'opposition appelaient à la grève générale dans l'après-midi Le dernier débrayage national avait duré deux heures le 14 janvier 2011, provoquant la chute du régime de Ben Ali. Il faut dire que depuis la mort de Chokri Belaïd, le parti islamiste Ennahda et le gouvernement sont clairement pointés du doigt.

Pour de nombreux Tunisiens, il est important de manifester. Comme Tahar, témoignage recueilli par Kévin Blondelle.

Et la tension n’est pas près de retomber, puisque certains expliquent que Chokri Belaïd était placé numéro 1 sur une liste des personnes à abattre.

Comment réagissent les intellectuels et tous ceux qui sont susceptibles de figurer sur cette liste ?

Décryptage de Philippe Randé en direct de Tunis. C’est le "Zoom de la rédaction".

Ennahda refuse un gouvernement neutre, le Premier ministre insiste

Côté politique, c'est le flou le plus total. Division au sein même du Parti Ennahda puisque son chef Rached Ranouchi a refusé hier la formation d'un nouveau gouvernement, pourtant annoncé la veille par le Premier ministre Hamadi Jebali, lui-même numéro 2 d'Enahda. Le gouvernement reste donc pour l'instant en place.

En tout cas, pour l'instant. Le Premier ministre a assuré en fin de journée qu'il comptait passer outre l'opposition de son propre parti, et qu'ils consituerait bel et bien un gouvernement de techniciens, sans appartenance politique. "J'insiste sur ma décision", lance-t-il à la presse, ajoutant que cela ne nécessitera pas de demander le feu vert de l'Assemblée nationale constituante. "Ce gouvernement est prêt", a-t-il ajouté.

Il espère également que ce nouveau gouvernement saura calmer la colère des Tunisiens, plus que jamais ravivée par la mort de Chokri Belaïd.

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