[scald=77243:sdl_editor_representation]PARIS (Reuters) - La France, guidée par le "principe de précaution" et ébranlée par le scandale du Mediator, est pour l'heure le seul

pays à préconiser des mesures d'explantation dans l'affaire des prothèses mammaires défectueuses, qui dépasse ses frontières.

Plus de 300.000 femmes auraient subi dans le monde l'implantation de prothèses de la société française Poly Implant Prothèses (PIP),

visée par des plaintes en France et en Grande-Bretagne. PIP, créée en 1991, a été mise en liquidation en 2010.

Trente mille femmes sont concernées en France, 30.000 à 40.000 en Grande-Bretagne, où la société de Jean-Claude-Mas avait été

condamnée dès 2007 pour des prothèses non conformes qui contiennent un gel de silicone non médical présentant des risques de fuite

et de rupture.

PIP aurait vendu ses implants dans environ 65 pays, dont certains sous une autre marque, notamment aux Pays-Bas.

Des exportations majoritairement en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Brésil, Venezuela...), mais aussi en Europe (France, Grande-

Bretagne, Belgique, Espagne, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Italie), au Moyen-Orient (de la Turquie à la Syrie) et en Asie (de la Thaïlande

à la Chine).

Ces pays privilégient pour l'heure une vigilance renforcée, là où la France recommande le retrait des implants, "à titre préventif et

sans caractère d'urgence", même si le lien entre les prothèses PIP et neuf cas de cancers suspects signalés en France, dont deux

mortels, n'est pas démontré.

AUCUN RISQUE CANCÉRIGÈNE ÉTABLI

Les autorités britanniques, qui disent respecter les choix de Paris, refusent cette option radicale au motif qu'elles ne disposent pas

d'éléments la justifiant.

Londres fait valoir en outre que le retrait de ces implants présente un risque médical.

L'Agence britannique de sécurité des produits de santé s'est entretenue avec des experts néerlandais, portugais, italiens, hongrois,

autrichiens, danois, maltais, mais aussi français ainsi que les autorités australiennes pour évaluer la dangerosité des prothèses.

La MHRA (Medicines and healthcare products regulatory agency) conclut qu'aucune preuve d'un risque de cancer ne peut être

associée aux implants PIP, ni la preuve d'un taux disproportionné de ruptures.

Les conclusions des agences sanitaires saisies le 7 décembre par le gouvernement français, dans le contexte délicat de la campagne

présidentielle, sont les mêmes s'agissant des risques cancérigènes, mais des risques sont établis pour ce qui concerne les ruptures et le

pouvoir irritant du gel frauduleux.

Le comité de suivi des femmes porteuses d'implants mammaires mis en place par le ministère français de la Santé doit se réunir le 5

janvier. Il a recensé 523 retraits de prothèses depuis mars 2010, date du retrait du marché français des implants PIP.

SIMPLE CONTRÔLE MÉDICAL AU BRÉSIL

On estime à 60 millions d'euros le coût de l'opération d'explantation décidée par le gouvernement français, qui sera prise en charge

par la Sécurité sociale. La pose de nouveaux implants sera à la charge de la patiente, sauf pour les femmes ayant subi une chirurgie

réparatrice après un cancer du sein.

Le retrait est recommandé en dernier ressort en Belgique et en Espagne.

Les autorités belges insistent sur le suivi systématique des femmes porteuses d'implants et soulignent qu'un retrait préventif doit

être discuté entre la patiente et son chirurgien.

L'Agence espagnole des médicaments et produits sanitaires conseille également depuis mars 2010 aux femmes concernées de

consulter.

L'Allemagne se prononce pour une évaluation médicale au cas par cas, la Suisse pour un contrôle régulier tous les six mois. Même

recommandation aux Pays-Bas où un millier de femmes seraient concernées.

Hors Europe, les autorités du Brésil, où la chirurgie esthétique est très prisée et où plus de 25.000 implants PIP auraient été utilisés,

prônent aussi un contrôle médical mais ne préconisent pas de retrait préventif.

Le président de l'Association brésilienne de chirurgie plastique s'étonne de la décision française, alors que les risques de rupture

d'implants étaient connus.

"Rien n'a changé depuis un an et demi. Aucun fait scientifique nouveau n'étaye ce changement de position", a dit Jose Horacio

Aboudid à Reuters.

Service France, édité par Yves Clarisse

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