La France va perdre sa souveraineté en signant le pacte migratoire de l’ONU le 10 décembre, entraînant la démission d'Emmanuel Macron. Cette folle rumeur agite des groupes Facebook de “gilets jaunes”. Certains sont persuadés qu'il faut “faire tomber” Macron avant.

 "Macron vend la France à l'ONU le 10 décembre, on fait quoi ?", est-il écrit dans cette publication Facebook sur un groupe de gilets jaunes.
"Macron vend la France à l'ONU le 10 décembre, on fait quoi ?", est-il écrit dans cette publication Facebook sur un groupe de gilets jaunes. © Capture d'écran Facebook

Sur les réseaux sociaux, depuis quelques jours, de nombreux statuts et vidéos affirment que la France pourrait passer sous administration de l'ONU ou, plus simplement, perdre sa souveraineté en matière d’immigration en signant, le 10 décembre, un pacte de l’ONU à Marrakech (Maroc). Un sujet pris au sérieux, notamment dans les communautés Facebook qui regroupent les “gilets jaunes”. 

“La France vendue à l’ONU”, “Destituer Macron”, “haute trahison” 

Dans les différents groupes comme “La France en colère”, nous avons compté plusieurs dizaines de publications - statuts, photomontages, vidéos - sur ce sujet. Ces publications assurent, en résumé, que la France va être vendue à l’ONU par le biais de ce pacte, qu'ils appellent “le pacte de soumission”. Dans un de ces scénarios, Emmanuel Macron aurait crée les conditions de l'éclosion des gilets jaunes pour avoir un bon prétexte pour démissionner et laisser ainsi place net à l'ONU et à son pacte migratoire... Dans d'autres, il s'accrocherait au pouvoir malgré les gilets jaunes pour pouvoir "donner" la France à l'ONU, le 10 décembre.

Ce message posté le 4 décembre dans un groupe de soutien aux gilets jaunes a été partagé 150 fois en six heures
Ce message posté le 4 décembre dans un groupe de soutien aux gilets jaunes a été partagé 150 fois en six heures

Selon de nombreuses vidéos consacrées au sujet, dont celle de ce Canadien, Iwane Blanchet, le mouvement des “gilets jaunes” servirait d’écran de fumée, “pour noyer le poisson”. Et si Emmanuel Macron ne veut pas démissionner, c’est parce qu’il voudrait tout faire pour se rendre à Marrakech et “donner la souveraineté de la France à l’ONU”. Cette dernière avait, mardi midi, été consultée plus de 160 000 fois et partagée plus de 11 000 fois. Dans cette autre vidéo, il est expliqué que Macron "veut couler le pays pour nous faire racheter à bas pris par la suite (...) Partagez car le 10, c’est fini pour nous, l’ONU aura tout contrôle sur l’Europe (...) aucune marche arrière ne sera possible”.

Dans un Facebook Live commun, le 3 décembre dernier, deux des gilets jaunes les plus populaires sur Facebook, Éric Drouet et Maxime Nicolle, ont évoqué sans pincette et sans conditionnel, le "pacte" de l'ONU. 

- Maxime Nicolle : "Il (Macron) veut signer un pacte pour accueillir 480 millions de migrants sur huit pays différents et donner la place de siège permanent à quelqu'un d'autre...   
- Eric Drouet : "C'est chaud, c'est chaud, c'est chaud...  
- Maxime Nicolle : "Ben là s'il fait ça, il vend la France carrément".

Cette théorie est notamment diffusée par des élus locaux du Rassemblement national ou par Bernard Monot, député européen Debout la France. Dans une vidéo intitulée “Le remplacement des européens par des migrants, une réalité” et qui comptabilisait mardi après-midi plus de 400 000 vues, il affirme que l’ONU recommande de remplacer les citoyens européens par des hommes et des femmes issus de l’immigration. “Macron signera des deux mains (...) L’Europe est à la veille d’un tsunami migratoire de type invasion et colonisation” assène-t-il. 

Sur de nombreux partages, des internautes expliquent “qu’il faut destituer” Emmanuel Macron “avant le 10 décembre” pour un motif de “haute trahison”. C’est le cas de la vidéo de cette internaute dans laquelle elle explique, là encore, que le gouvernement “a créé les conditions nécessaires” pour “déstabiliser” et installer “un nouvel ordre mondial”. “Je me demande si Macron a organisé les ‘gilets jaunes’ pour pouvoir signer le pacte de l'ONU sur immigration comme un écran de fumée” commente à son tour André Bain sous la vidéo consultée plus de 25 000 fois sur YouTube. On trouve aussi des posts relayant les appels de partis politiques comme l’UPR de François Asselineau qui incitent - pour de nombreux motifs - les internautes pour qu'ils écrivent à leurs députés et sénateurs pour réclamer la destitution du président de la République. 

Ces vidéos ne restent pas cantonnées à Facebook. Elles sont discutées sur le terrain, comme l’ont raconté des “gilets jaunes” à France Inter. Dans un groupe basé à Nemours (Seine-et-Marne), cette vidéo a d’ailleurs semé la zizanie. Sylvie nous raconte : “J’ai été choqué en découvrant la vidéo. Ils se trompent de combat. Au sein du groupe, certains sont manipulés par les gens de Debout la France et on n’est pas d’accord. Depuis, on est dépités : le but des ‘gilets jaunes’ est de se révolter et pas de rejeter la faute sur les étrangers. Maintenant dans le mouvement, je vois du racisme et je n’ai rien à faire là-dedans. On est assez nombreux pour faire un autre groupe ; on ne veut pas s’associer à ces groupes racistes qui commencent à émerger. Je quitte ce groupe parce qu’il est trop politisé”.

Des internautes alertent sur cette fausse nouvelle

Néanmoins, certains internautes alertent sur la véracité des publications et des informations transmises. Chris Marie, un membre de “La France en colère - Carte des rassemblements” écrit : “Pour le pacte de l’ONU, combien de personnes ont réellement lu le texte ? Lisez le avant de croire tout et n’importe quoi (...) La peur du migrant est ressortie à chaque fois pour démobiliser et diviser et à chaque fois ça marche ! Restez concentrés”. Akli Belkanem reproche aussi aux administrateurs des groupes de “laisser passer des informations qui pourrissent les pages”. 

Le pacte ne donne aucun droit à L'ONU en terme de souveraineté ! (...) Ne mélangeons pas les choses s'il vous plaît, le débat sur les crises migratoires ne peut pas être au cœur des revendications des "gilets jaunes", s'il vous plaît renseignez vous avant de diffuser ces informations qui peuvent porter préjudice au mouvement des gilets jaunes !” écrit un autre membre de la communauté. Un dernier commentaire : “Allô les fachos, le pacte n'engage à rien, mais alors rien du tout”.

Un pacte dénoncé par Marine Le Pen

Signer ce pacte serait “un acte de trahison” a estimé lundi dans une conférence de presse la présidente du Rassemblement national (ex-Front national), Marine Le Pen. Avec d’autres formations nationalistes européennes, comme par exemple le parti belge Vlaams Belang ou Pegida en Allemagne, elle mène une fronde contre le pacte migratoire, dénonçant “une nouvelle étape dans la submersion organisée de notre pays”, “la première pierre d’un droit à la migration” et “une philosophie mondialiste et immigrationniste”. 

Les États signataires vont-ils vraiment perdre leur souveraineté ?

Non. En réalité, ce “pacte” est un texte non contraignant sur le plan juridique et à la valeur surtout symbolique. En clair, aucun signataire ne peut se voir obligé de suivre les mesures du pacte, rappelle la Diplomatie française. C’est une première sur ce sujet, il doit recenser un certain nombre de principes et d’intentions communes sur la défense des droits de l'homme, des enfants mais tout en respectant la souveraineté nationale des pays signataires. Il contient au total une vingtaine de propositions pour aider les pays à faire face aux migrations en facilitant l'information, l'intégration des migrants, l'échange d'expertises. Mais il “ne prescrit pas aux états la manière d’atteindre ses objectifs. Les états sont libres de choisir une implémentation en accord avec leurs priorités” précise Jürg Lauber, l’ambassadeur de Suisse à l’ONU sur AFP Factuel. L’Agence France Presse explique également que des publications similaires ont été constatées au Canada où il était également reproché à Justin Trudeau de signer ce pacte migratoire qui risquerait de “transférer la souveraineté canadienne à l’ONU”. 

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