Retour sur les émeutes et manifestations qui agitent la Grèce depuis début décembre.

La mort d'un adolescent de 15 ans tué par un policier le 6 décembre à Athènes est à l'origine de cette vague de violences sans précédent.

Mais les vraies raisons de la crise sont sociales : le chômage des jeunes, l’inquiétude concernant leur avenir. Mais aussi la hausse des prix alors que 40 % des salariés grecs gagnent moins de 1 100 euros bruts par mois. Parmi les pays de l'Union Européenne, la Grèce a le taux le plus élevé de travailleurs pauvres soit 14 % de la population active.

Le premier ministre Costas Caramanlis semble avoir été dépassé par les événements. La gauche réclame sa démission car, dit-t-elle, la Grèce est désormais un navire sans capitaine. Un bateau à la dérive.

Même si le calme semble revenu, la situation reste tendue. De nouvelles manifestations sont prévues dans les grandes villes du pays.

Des manifestations comme celles que Salonique et Athènes ont connu presque quotidiennement.

Reportage de Yann Gallic

Le centre-ville de Salonique a été durement touché par les manifestations

Stéphane Siligaris a 31 ans. Il fait partie de ces jeunes grecs qui chaque jour manifestent leur colère. Stéphane se définit comme un anarchiste libertaire. Il nous guide dans les rues de Salonique. La deuxième ville du pays porte encore les stigmates de plusieurs jours d'émeutes.

Stéphane Siligaris (Yann Gallic)

Les lycéens ont rejoint les groupes de jeunes, très politisés, communistes et anarchistes. Les « anar » grecs sont minoritaires, mais ils restent très actifs dans les grandes villes du pays, à Athènes et Salonique notamment. Et les récents évènements ont prouvé qu'ils étaient capables d'ébranler l'Etat.

Richard Someritis est éditorialiste au quotidien To Vima, un journal de centre gauche (Yann Gallic)

Une Police unanimement détestée

L'institution la plus critiquée du pays est sans conteste la police. Le meurtre du jeune Alexis n'a été que l'élément déclencheur. La plupart des grecs ont un profond mépris pour leurs policiers.

Selon Richard Someritis c’est du au fait que la Police a beaucoup changé ces dernières années.

Richard Someritis (Yann Gallic)

Ces mouvements d'extrême gauche n'ont fait qu'amplifier une colère partagée par une grande partie de la jeunesse grecque

Dans les manifestations, il y a bien sûr des militants politiques mais aussi des étudiants et des lycéens simplement inquiets pour leur avenir. En Grèce, près de 24 % des jeunes sont aujourd'hui au chômage. La plupart ont fait des études supérieures comme Pavlos Kapantais, 29 ans et Bac + 6. Il vient de perdre un emploi dans le tourisme qui lui rapportait 900 € par mois, pour 60 heures de travail par semaine.

Une situation que Pavlos, comme les autres jeunes, ne supporte plus.

Pavlos Kapantais (Yann Gallic)

Cette vague de violence est le résultat d’une crise, profonde, qui traverse la société grecque

Une crise sociale, on l'a vu, mais aussi une crise politique et institutionnelle.

Les grecs sont de plus en plus exaspérés par une classe politique minée par les affaires de corruption, à droite comme à gauche. La popularité du gouvernement était en chute dans les sondages avant les manifestations. Maintenant la chute est vertigineuse.

La vague de violence a considérablement fragilisé l'actuel gouvernement de centre droit qui est apparu dépassé par les événements. La gauche réclame la démission du premier ministre Costas Caramanlis.

Selon Richard Someritis, éditorialiste au quotidien To Vima, en cas d'éléction la gauche aurait toutes les chances d’accéder au pouvoir. Sauf, si la Grèce connaissait, elle aussi, « l’effet mai 68 ».

Richard Someritis (Yann Gallic)

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