La haine et les momies du débat national « La file du don d’organes », image de l’humoriste Baffi, est, sur le périphe parisien, la file des scooters passant entre la files de gauche et du milieu des voitures. De temps en temps une voiture déboite, un scooter s’écrase contre elle, et hop ! Don d’organes ! Hier donc, devant moi, un scooter s’applatit contre une voiture qui déboitait, et un autre scooter engueule l’automobiliste. Et voila la réponse de l’automobiliste. Précisons qu’il est du genre pianoteur de PC dans les TGV, quarante ans, propre sur lui, avec des lunettes sans monture et un joli petit pull bleu-ciel col en V. Réponse donc : « Va te faire enc... par un arabe. » C’est du précis, du net, mêlant le sexe et le racisme dans du jus bien noir, bien serré de haine. Retenons : la haine parle du corps. Ca été ma pomme de Newton. J’ai tout compris. L’homme n’est pas une étape entre le singe et Dieu, une anomalie de la nature ou une géographie mal définie de pilosités, mais une boule de haine entourée d’une fragile coquille de civilisation. Une coquille d’œuf, prête à péter. De temps en temps, des hommes politiques jouent avec les coquilles, les cassent et font monter la mayonnaise. Besson est ce genre d’apprenti sorcier. Il a fabriqué le débat sur l’identité nationale, amplifié par le Figaro qui nous sort des sondages bidons sur les minarets, et commis l’inqualifiable : mêler la question de l’immigration à celle de la nation. Au départ, il veut simplement tacler la gauche et racler les voix du FN. Il réussit sur le premier point : Libé, le Monde, se croient obligés de rentrer dans le débat. Charlie, évidemment, ne se laisse pas piéger. Puis Libé fait marchines arrière, toutes. La gauche se retire aussi, piteuse. Faut dire qu’à gauche, il est difficile de jongler avec les qualificatifs « national » et « socialisme ». Restent le FN et la presse de droite qui balancent de l’huile sur le feu, tandis qu’Estrosi instaure dans sa bonne ville de grabataires un couvre-feu pour rafler les mineurs de 13 ans, au cas où ces voyoux piqueraient les serpillères des femmes de ménage africaines qui suivent à la trace ces « honnêtes gens » (Estrosi dixit). « Couvre-feu » ! En France, en 2009 ! Grande réussite, la sarko-politique de sécurité. Inter : La République universelle fut représentée à Paris par un sans-papiers prussien. En ce moment un batonnier sortant, Christian Charrière-Bournazel, pose la question de la garde à vue en termes, justes, d’humiliation physique. « Toute la stratégie de la garde à vue consiste à malmener le corps ». L’avocate Caroline Wassermannn, piégée et retenue pendant huit heures par la police de Meaux, a été foutue à poil, fouillée à corps, humiliée. Le successeur de Maître Charrière-Bournazel est un avocat d’affaires. Il déclare, je cite, que « la Ministre des finances est autant la ministre de tutelle des avocats que la Garde de Sceaux ». La justice passe derrière les affaires. Est-il besoin de préciser, il n’a aucun état d’âme sur la garde à vue. Estrosi, Balkany, Sarko, Besson, tous ces gens aiment la bringue, le foot, les cigares, les bagnoles, l’alcool, le sexe, et les bonnes affaires. Des policiers dans la rue, des affaires chez soi, la nounou engrossée et vive l’ordre moral. Jamais régime ne fut aussi affairiste, corrompu et sexuellement malade que celui de Vichy, où la police raflait, livrait, déportait, torturait, bref, humiliait les corps. Besson annonce que « le débat sur l’identité nationale passionne les français » et on découvre des gens au trois quart morts dans des salles aux trois quart vides, des retraités, des vieillards, tous blancs, tous mâles, tous riches. Ils somnolent. Quand on les réveille, tel ce maire de Guzainville, ils radotent des horreurs, puis repiquent du nez. Fillon, lui, radote devant l’Institut Montaigne et le vieux Bébéar : c’est laborieux, forcé, patriotard, plume Sergent-Major et plumet au shako; c’est du fromage trop vieux enveloppé de papier Sciences po, la Grande Duchesse de Gérolstein passant en revue des soldats de bois. C’est momifié. C’est Fillon. 1789. Naissance de la Nation. Anarchasis Cloots est prussien. Il fréquente autant les Jacobins que les Cordeliers, est élu député par le département de l’Oise à la Convention nationale, mais demeure étranger. Il appelle de ses vœux une « République universelle du genre humain ». La voila votre indentité nationale, Besson, Fillon et autres résidents de l’Hôtel du Parc : la République universelle du genre humain, représentée à Paris par un sans-papiers prussien. Autant la gauche doit refuser un débat sur l’identité nationale, autant elle peut se poser la question de la sécurité et de la violence. Les chrétiens ont une réponse à l’humiliation du corps et à la violence : la soumission. On te frappe la joue ? Tu tends l’autre joue. Tu es humilié ? Tu t’humilies plus encore. René Girard a fait de ce commandement le principe de l’abolition de la chaîne de la violence réciproque et du lynch. J’admire. J’y crois pas. Il ne me reste alors, comme à la gauche, qu’un pari, toujours difficile, toujours recommencé : universalité et civilisation. Toujours renforcer la coquille que veulent briser les Besson pour en laisser sortir la haine qui porte leur pitoyable pouvoir.

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