La journée de la jupe La France manquait de virilité. Certes, Besson-Hortefeux-Sarko c’était du velu sous la pomme d’Adam presqu’autant qu’Eric Zemmour ; Charasse et son cigare dégoulinant de bave, sucé jusqu’à l’os, ça aussi c’était du poilu, de la pilosité jusqu’à l’intérieur du poumon ! Lefebvre ! Ah, Lefebvre et son menton en papier verre ! Mais il manquait quelque chose pour faire tinter gaiment les noix dans la marche en avant du régiment. Cette visite au Rwanda où l’on dénigrait officiellement l’opération Licorne (Licorne ! une chimère femelle conduisant nos troupes d’assaut chez des noirs ! Ridicule !) ajoutait à la féminisation rampante de la politique, et il était temps de contre attaquer : ce fut la bataille contre le GIEC. Victoire. « Le front du réchauffement climatique est rompu » dit joliment Schneiderman dans Libé. Les quatre-quatre peuvent recommencer à tourner, les constructeurs d’autoroutes remettent les buldozer en marche, les livreurs de pommes du Chili par avion redécollent, les tracteurs repartent araser les haies et les bocages, les camionneurs exultent en roulant de front sur trois voies, les bobos se cachent avec leurs vélib, les éoliennes s’arrêtent, les hérissons s’écrasent, les vers de terre se terrent, les amis des bêtes agrafent leur étoile verte. Allègre est là, son seau de goudron à la main, Attali le suit, poussant la brouette de béton pour faire un nouveau supermarché, et Alain-Gérard Slama les bénit, dénonçant « la pire des idéologies, la décroissance ». En avant ! Enfin on peut cracher sur l’écolo, cet hermaphrodite moderne, mi-homme mi-femme, qui s’intéresse à des choses bizarres comme la beauté et la diversité, qui voudrait réconcilier l’inconciliable, l’activité humaine et le respect de la beauté, Mercure et Vénus, les hommes et les femmes. Pauvre type ! Dupont-Aignan, qui visiblement cherche des électeurs, au lieu de s’adresser à « la grande foule des cons », comme dirait De Gaulle, a découvert une mine : l’automobiliste ! Redonnons à l’automobiliste le droit d’automobiliser ! Qu’il ose à nouveau, tête haute, moteur à pleine puissance, décibels à fond, tourner dans Paris ! Qu’il s’écoule heureux dans les rues, ces égouts à voitures ! Bouygues frotte ses mains calleuses, Charon fourbit les armes de ses parties de chasse où tous ces mâles des affaires contempleront du poil et de la plume ensanglanté avant de signer un contrat entre cigare et liqueurs, la main posée sur la maigre fesse d’une prostituée de luxe. Car la féminité conserve ses éternels devoirs comme ses vieux métiers. Et ses jupes. Et quand vous êtes un peu déprimé par le retour d’un livre de Zemmour, qui, d’après son employeur - le Fig-Mag - dénonce « la diversité et les bienfaits du métissage » « la féminisation de la société », « la perte des valeurs viriles » et « l’angélisme anti-raciste » et que vous voyez Eric et ses oreilles poser devant les canons napoléoniens, lui qui n’aurait pas tenu dix minutes dans une quelconque bataille avec un fusil dans les mains, vous allumez la télé. Tiens, c’est la soirée des César... Laetitia Casta exibe ses reliquats mammaires et ses bourrelets sous un zeste de tulle, et tout à coup... Riad Sattouf ! Non ! Riad ! Le notre ! Riad est primé pour son premier film ! Le Riad juste à coté de l’apéro, oui, celui-là, la colonne de droite, le plus doux, le plus souriant des garçons de la terre... Et Riad, avec élégance, laisse parler à sa place sa productrice. Et vous n’êtes pas au bout du bonheur : Isabelle Adjani est primée pour « La journée de la jupe ». Quel beau film ! Quelle actrice ! Qu’elle est belle, sans forme, sans âge, sans rides, mais pleine du talen d’Adjani, et quel rôle, cette prof qui prend en otage ses élèves et réclame une « journée de la jupe », le droit de porter une jupe en cours sans se faire agresser par tous les petits machos formatés à la pornographie, à la loi de la jungle et l’ordre éternel des sexes ! Et pour achever de démoraliser Eric Zemmour, pourfendeur du métissage et de l’angélisme anti-raciste, voila qu’un autre beur accapare deux prix, Tahar Rahim, souriant, gentil, rien de cabot encore, pour le Prophète. Certes, n’en déplaise à Thoret, notre arbitre des élégances et du bien et du mal cinématographique, le Prophète, film basique, avec tous ses bruits de portes de prison qui claquent et sa salive imprégnée de sang qui coule n’arrive pas au mollet de la Journée de la Jupe, mais c’est très marrant de voir le Maghreb primé. Et puis le Prophète c’est la vitoire des bougnoules sur les corses ! C’est cuit, Zemmour, tu avais traversé la Méditerranée pour défendre Napoléon et la pureté du sang, et voilà que les Indigènes te rattrapent ! Et pour finir de vous remonter le moral vous lisez le livre de Florence Aubenas. Oh, c’est pas vraiment drôle cette histoire de femmes de ménage obligées, commises à chercher un emploi qu’on ne leur proposera pas. Il se peut même que ce monde horrible des ZAC, des parkings, des friches industrielles et des rues sans fin partageant des mondes sans nom où des usines ferment ait été construit pour ces pauvres femmes de l’intérim, qui perdent leurs dents et ont les yeux fixés sur le prix choc du paquet de jambon dans le supermarché. Pour leur survie ont été faites les promos. Au-dessus d’elles sont les machos du syndicat et de l’aristocratie ouvrière. Elles n’ont pas voulu du monde qu’on leur a fabriqué, ce monde contre qui lutte un peu, si peu le GIEC. Elles rêvent d’une bagnole, évidemment. Quelque chose me dit que Bouygues va leur tendre un prospectus.

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