par Erika Solomon et Alistair Lyon

BEYROUTH (Reuters) - La Ligue arabe a annoncé samedi la suspension "avec effet immédiat" de sa mission d'observation en Syrie en raison de l'escalade des violences dans ce pays.

Cette décision annoncée moins d'une semaine après la prolongation pour un mois du mandat de ces observateurs, arrivés en Syrie le 26 décembre, intervient alors que la Ligue arabe s'emploie parallèlement à convaincre le Conseil de sécurité des Nations unies de prendre position contre le régime de Bachar al Assad, dont la répression contre les manifestants et les insurgés a fait plus de 5.000 morts depuis mars 2011, selon l'Onu.

Les violences qu'évoque la Ligue pour justifier cette suspension ont trouvé une nouvelle illustration avec la découverte dans la ville de Hama des cadavres de 17 hommes arrêtés par les forces de sécurité et manifestement victimes d'exécutions sommaires, selon l'opposition.

"En raison de la grave détérioration de la situation en Syrie et de l'usage continu de la violence (...) il a été décidé d'interrompre avec effet immédiat les travaux de la mission de la Ligue arabe en Syrie, en l'attente de l'exposé de la situation devant le comité de la Ligue", a déclaré le secrétaire général de l'organisation, Nabil Elarabi, dans un communiqué.

Les précisions de Valérie Crova, à Beyrouth

Les observateurs vont rester sur place en Syrie, mais en suspendant toute activité, avait déclaré un peu plus tôt une source proche de la Ligue, au Caire.

"Le secrétaire général a également demandé au chef de la mission de prendre toutes les mesures nécessaires afin de garantir la sécurité et l'intégrité des membres de la délégation", ajoute la Ligue arabe.

Aucune date n'a encore été fixée pour la réunion du comité de la Ligue arabe sur la Syrie, a-t-on appris auprès d'un diplomate en poste auprès de l'organisation.

Nabil Elarabi et le président du comité sur la Syrie, le Premier ministre qatari Hamad ben Djassim al Sani, doivent exposer la situation mardi au Conseil de sécurité de l'Onu.

LA RUSSIE POUR UNE SOLUTION SYRIENNE

Les 15 membres du Conseil ont commencé vendredi soir à examiner un projet de résolution inspiré par le plan de sortie de crise élaboré par la Ligue arabe, qui prévoit une "transition politique" en Syrie, autrement dit la mise à l'écart de Bachar al Assad, dont la famille dirige le pays depuis 1970.

La France et la Grande-Bretagne, qui ont participé à l'élaboration de ce texte, ont formulé l'espoir de procéder à un vote dans le courant de la semaine.

Ces efforts diplomatiques butent pour l'instant sur l'opposition de la Russie, qui a joint sa voix à celle de la Chine en octobre pour opposer son veto à un précédent projet de résolution condamnant la répression en Syrie.

Moscou, qui vend des armes au régime syrien, a jugé que certains aspects du projet arabo-européen étaient inacceptables en l'état, tout en se disant prêt à des négociations.

L'ambassadeur de Russie à l'Onu, Vitali Tchourkine, a souligné que son pays prônait un processus politique conduit par les Syriens eux-mêmes et non "une issue imposée par la Ligue arabe à un processus politique qui n'a même pas encore commencé" ni un "changement de régime" similaire à celui favorisé en Libye.

Le projet de résolution, que Reuters a pu consulter, appelle à une "transition politique" en Syrie. Il ne propose pas en revanche de sanctions contre Damas mais prévient que le Conseil de sécurité pourrait "prendre des mesures supplémentaires" si le régime syrien ne respecte pas ses décisions.

La Ligue arabe est en contact avec la Russie "en vue de garantir un soutien suffisant au plan arabe sur la Syrie qui sera présenté au Conseil de sécurité en milieu de semaine", a dit à Reuters le secrétaire général adjoint de l'organisation, Ahmed bin Hali.

"Des discussions et des consultations sont en cours entre la Ligue arabe et la Russie au sujet du dossier syrien", a-t-il déclaré samedi.

"Il y a eu hier un entretien téléphonique entre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire général Nabil Elarabi au sujet des derniers développements dans la situation syrienne."

RÉUNION EN TURQUIE

La Turquie a apporté son soutien aux efforts de la Ligue arabe.

"Nous nous rangeons aux côtés du peuple syrien et de ses revendications légitimes", a déclaré le président turc Abdullah Gül, cité par un journal des Emirats arabes unis, El Bayan.

Le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, reçoit ce samedi à Istanbul ses homologues des monarchies arabes du Golfe, qui se sont opposés à la prolongation de la mission de la Ligue arabe en Syrie et ont en conséquence retiré leurs observateurs.

En raison de la difficulté de la tâche, l'Onu se dit désormais incapable d'actualiser son bilan des violences en Syrie depuis le début du soulèvement contre Bachar al Assad en mars. Mi-décembre, elle faisait état de plus de 5.000 morts.

Le régime syrien affirme pour sa part que les troubles provoqués par des "groupes terroristes" soutenus par l'étranger ont coûté la vie à plus de 2.000 militaires et policiers.

Sur le terrain, des opposants ont signalé samedi des combats dans trois localités proches de Damas tenues par les rebelles, Sakba, Kafr Batna et Djisrine. Selon eux, l'armée tente d'empêcher les insurgés de se doter d'un bastion solidement implanté à seulement un quart d'heure de la capitale.

Interrogés au téléphone par Reuters, des activistes affirment que l'armée a pilonné à l'aide de chars, de batteries anti-aériennes et d'obus de mortier. Ces combats se sont transformés en fusillades dans l'après-midi, ont-ils ajouté.

Sur une vidéo diffusée sur internet par des opposants, censée avoir été filmée dans un faubourg de Damas aux mains des insurgés, on peut voir de la fumée s'élever derrière une mosquée et entendre le crépitement d'intenses fusillades tandis que des habitants crient "Allahou Akbar" (Dieu est le plus grand).

Il était impossible de vérifier l'authenticité de cette vidéo.

"Je pense qu'ils cherchent à éviter un nouveau Zabadani ici, donc ils essaient d'écraser tout cela. Mais il y a eu plusieurs défections au sein de l'armée et nous espérons que cela les contraindra à négocier", a dit Abou Ichak, de Sakba, interrogé via Skype.

Zabadani est une ville proche de la frontière libanaise, à une demi-heure de Damas, où l'armée a accepté de retirer ses forces dans le cadre d'une trêve conclue avec les insurgés regroupés au sein de l'Armée syrienne libre.

Selon des activistes, des obus de mortier ont été tirés contre Kouwaïra, ville du nord-est du pays, ce qui a coûté la vie à un enfant.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) affirme pour sa part que des combats font rage à Rastan, près de Homs, et que les forces de sécurité ont tué deux hommes, l'un dans la province méridionale de Deraa et l'autre à un barrage à Harasta, près de Damas.

Avec Shaimaa Fayed au Caire, Khaled Yacoub Oweis à Amman, Joseph Logan à Dubai, Steve Gutterman à Moscou, Louis Charbonneau aux Nations unies et Simon Cameron-Moore à Istanbul; Benjamin Massot et Bertrand Boucey pour le service français

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