[scald=60367:sdl_editor_representation]par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Le recteur de la grande mosquée de Paris a tenu jeudi à "lever une ambiguïté" sur l'Islam de France et à mettre en garde contre les amalgames, au lendemain d'un attentat qui a ravagé les locaux de Charlie Hebdo dont le journal, renommé "Charia Hebdo", présentait en "Une" un prophète Mahomet hilare.

Une enquête a été ouverte sur les circonstances de cet incendie criminel et aucune piste n'est pour l'instant privilégiée. Mais les responsables de la mosquée de Paris craignent que certaines parties de l'opinion n'y voient le signe d'une radicalisation des musulmans de France.

"Tant que les criminels, ceux qui ont commis cet acte, ne sont pas identifiés, il faudrait arrêter de fantasmer sur l'Islam et sur les musulmans", a dit à la presse Abdallah Zekri, président de l'observatoire des actes islamophobes au Conseil français du culte musulman (CFCM).

Une position partagée par Abderrahmane Dahmane, conseiller à l'Elysée chargé de la diversité de janvier à mars derniers. "Pourquoi aujourd'hui les uns et les autres veulent remettre en cause l'intégration de plus de sept millions de musulmans au motif que deux crétins (...) s'attaquent à la presse ?", s'est-il interrogé.

D'où une volonté de pédagogie de la part du recteur de la mosquée, Dalil Boubakeur, qui considère que sa religion souffre d'un "déficit de communication".

Soulignant l'ancienneté de la présence des musulmans en France, il a tour à tour expliqué le terme "charia" - "c'est simplement la règle, la loi" a-t-il dit -, réaffirmé son attachement à la liberté de la presse et souligné l'importance de la laïcité pour les musulmans français.

"ON A DE L'HUMOUR"

"Je vous rassure tout de suite, les musulmans de France n'ont rien à voir avec l'islam politique (...) ici, les musulmans (...) respectent la laïcité", a-t-il dit.

"Je suis extrêmement attaché à la liberté de la presse, même si la presse n'est pas toujours tendre vis-à-vis des musulmans, de l'islam ou de la mosquée de Paris", a-t-il ajouté.

Abderrahmane Dahmane, qui avait vivement critiqué en son temps le débat sur l'islam et la laïcité organisé par l'UMP, a dit ne pas avoir été choqué par la "Une" de "Charia Hebdo", dans lequel le prophète Mahomet, déclaré rédacteur en chef après l'instauration de la charia en Libye et la victoire électorale du parti islamiste Ennahda en Tunisie, promet "100 coups de fouet si vous n'êtes pas morts de rire".

"On a de l'humour au sein de l'islam (...) ce qu'on dit sur le prophète, ce qu'on dit sur l'islam entre nous et quand il y a des imams, c'est pire que ce qu'a écrit Charlie Hebdo", a-t-il ajouté, suggérant même que, si la Mosquée disposait de plus de place, elle aurait très bien pu héberger les journalistes de Charlie Hebdo, qui ont trouvé refuge mercredi chez Libération.

Tous se sont inquiétés de la montée de l'islamophobie en France où, d'après Abdallah Zekri, les plaintes déposées pour actes islamophobes ont augmenté de 22% entre le 1er janvier et le 30 septembre.

Dans un communiqué de presse mercredi, Dalil Boubakeur regrettait "le climat européen anxiogène d'islamophobie, fait d'amalgames en tout genre et de stigmatisations caricaturales de la foi islamique et des musulmans" et le jugeait "fort regrettable et nuisible aux valeurs laïques et du vivre ensemble que les musulmans de France partagent pleinement".

Edité par Patrick Vignal

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