Si les anciens membres de la DGSE reconnaissent une surveillance des opposants de Gaston Flosse (y compris, donc, pour JPK), avec parfois l’utilisation de matériel audiovisuel, ils démentent, en revanche, que ces filatures soient allés au-delà de l’espace public, même si un rapport de la gendarmerie de Tahiti de février 2005 explique qu’une « cellule d’espionnage installée dans les locaux du GIP [le Groupement d’intervention de la Polynésie, les « gros bras » de Gaston Flosse] (…)avait pour vocation de suivre, tant dans leur vie privée que dans leur vie publique, les opposants politiques, les amis et les familiers du président Gaston Flosse en les enregistrant à l’aide d’un dictaphone, en les filmant ou en les photographiant dans leur vie courante, et ce, de 1997 au mois de mai 2004 ». « Les instructions étaient formelles : jamais rien en dehors des espaces publics , soutient, pourtant, Gaston Flosse aux enquêteurs, assurant que « la règle était de respecter la loi. » Pour lui, « surveiller n’est pas le mot » , il s’agissait de suivre « les activités » de ses opposants politiques : « il n’y avait pas de filatures » , prétend Gaston Flosse. « Nous avons observé des personnes » , plus que « surveiller », renchérit son ancien responsable des services de renseignement, André Yhuel.

Quant au chef de cabinet de Gaston Flosse, Jean Prunet, s’il ne cherche pas à nier « la réalité des faits » , il assure n’avoir « jamais eu cette vision de répétition des surveillances. A aucun moment dans les missions que j’ai reçues ou que j’ai fixées, je n’ai eu l’impression de commettre des choses illégales , déclare Jean Prunet, le 14 décembre 2007. Je travaillais pour un gouvernement des institutions françaises. Le gouvernement avait le droit de s’informer, mais selon des méthodes légales. Si des méthodes illégales ont été employées, c’est à mon insu. »

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« Il n’y a pas eu de dérives , assure, de son côté, le patron du SED, André Yhuel. Gaston Flosse avait la phobie de la trahison , reprenant ainsi une expression déjà employée par son adjoint Micheloni, y compris de ses maîtresses (…)En son absence, Gaston Flosse voulait savoir si ses maîtresses avaient d’autres liaisons (…)Hors période électorale ou de mouvements sociaux, pour occuper l’équipe de Félicien Micheloni, je demandais ou on me demandait de désigner une personne pour voir si elle avait des contacts avec des sympathisants de la majorité. »

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Le principe de la transmission des directives pour le SED (décrit par les multiples procédures judiciaires, en marge du dossier JPK) était le suivant : le directeur de cabinet de Gaston Flosse, Jean Prunet, (ou plus rarement Gaston Flosse lui-même) transmettait oralement ses instructions au patron du SED, André Yhuel, qui donnait ensuite ses ordres à Félicien Micheloni.

Des fois [Gaston Flosse] me téléphonait ou il me demandait de passer dans son bureau , précise André Yhuel, le 5 décembre 2007. C’était plutôt rare, mais c’est arrivé. »

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Chaque soir, Jean Prunet rendait compte à Gaston Flosse, à travers une note de synthèse, selon un rituel bien rôdé : « Il y avait trois cas de figure , explique le directeur de cabinet de Gaston Flosse, au juge Redonnet, le 11 juin 2010 : si le président [Flosse] était dans son bureau, je lui remettais directement la note vers 18 heures 30. S’il était sur Tahiti, mais pas dans son bureau, je lui déposais tout de même la note sur son bureau. S’il était à Paris, je lui faxais cette note à son domicile parisien. » Entendu en décembre 2007 dans la procédure judiciaire sur les activités du SED, Jean Prunet donnait d’autres détails : « Si le président Flosse était physiquement présent dans les bureaux, je lui remettais sur le champ le rapport. Dans un premier temps, je lisais le rapport en présence d’André Yhuel pour le commenter. Ensuite, je frappais à la porte du bureau du président et je lui remettais le rapport. S’il était seul, j’attirais son attention sur des points particuliers » , gardant « le rapport dans [sa] pochette » , lui remettant « le lendemain matin, lors du petit déjeuner » , si Gaston Flosse n’était pas dans son bureau.

Bizarrement, aucune archive du SED ne sera retrouvée, après la défaite électorale de Gaston Flosse en 2004…

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