Le profit profite à tout le monde La petite musique du CAC 40 continue de nous casser les oreilles, mais Ben Ali suit les cours de la Bourse. Total La Bourse, la Bourse... trois, quatre fois par jour les cours de la Bourse... La Bourse est un marché d’occasion où les rentiers, les possesseurs de capital, d’argent, d’actions, d’obligations échangent leurs objets d’occasion. C’est le E-bay des riches. Et que je te vends du Renault et que je t’achète du Total. Les fameux marchés, qui s’intéressent à la dette « souveraine », la dette émise par les Etats, c’est la Bourse et les boursicoteurs. Les types qui n’ont rien d’autre chose à faire que de gagner un peu plus d’argent avec leur argent. Michel Camdessus, l’homme des plans d’ajustement structurels, le type qui faisait saigner l’Afrique, se félicite que les bonus aient été réduits en 2010 : seulement 3 milliards d’euros. Trois milliards pour que des zombies branchés sur des terminaux d’ordinateurs fassent faire un peu plus d’argent aux marchés. Comment lutter contre les zombies, les spectres, les vampires ? Cette année le CAC 40 annonce 44 milliards de profits. Total en ramasse 8 milliards. Et pourtant Total ne paye pas d’impôts ! Quand on en fait la remarque à Christine Lagarde, elle dit : « C’est à Total de savoir s’il paye des impôts ». Génial. Comme si c’était Total qui décidait de l’impôt et non elle, Ministre des finances ! Total paye ses impôts dans les pays où il est installé et pompe et raffine. Total explore et pompe. Ensuite il transporte, raffine et distribue. Il affrète des tankers pour transporter. Il ne fabrique rien, il est purement rentier, il est comme le type installé à coté d’une source et qui vend la flotte. J’exagère : Total a une petite activité chimique. Il produit aussi de ces fameux fertilisants qui transforment nos campagnes en déserts. Et puis il a quelques petites activités annexes comme les marées noires, nettoyées par le bon peuple et les collectivités territoriales. Il est tout de même social, car il aide certaines juntes birmanes ou autres à se maintenir en poste, à conserver leur emploi. Total liquide ce que la nature a mis 20 millions d’années à fabriquer, le pétrole. Il le liquide en quelques décennies, preuve qu’il a du sens moral. Que fait Total de ses 8 milliards de profits dus au fait que des gros cons assis sur leur pétrole lui donnent l’autorisation de le pomper ? Il le donne à ses actionnaires, à ses gros salariés, et il rachète des actions : il détruit du capital pour conserver la valeur de ses actions. On sait jamais : il aurait pu investir, faire de la recherche, « préparer notre avenir » comme il dit dans ses horribles pubs ; il préfère détruire. Total trouve que nous payons trop d’impôts. Oui, il n’en paye aucun, mais il trouve que c’est trop quand même. Ben Ali La Tunisie a du pétrole, des phosphates, mais heureusement pour elle, son économie n’est pas entièrement assise sur la rente du pétrole et les fusils des militaires comme en Algérie. La Tunisie a aussi une industrie manufacturière, textile notamment. La Tunisie fabrique la moitié des soutiens-gorge vendus en France (statistiques du Docteur Pelloux). A part ça elle fait du tourisme, transporte les gens, répare quelques bateaux. Ben Ali avait tout compris dans le libéralisme : il avait largement privatisé à son profit les entreprises du secteur public laissées par Bourguiba, puis il avait « libéralisé » le marché du travail, et enfin accepté les règles du la saine et loyale concurrence en adhérant à l’OMC et en signant un traité de libre échange avec l’Europe. A part ça il se sucrait royalement et tout allait pour le mieux. Malheureusement, le libéralisme a rattrapé Ben Ali : l’Europe et la France en particulier se sont mis à acheter du textile en Inde et surtout en Chine. A partir de 2005 le marché des fibres a été libéré, et le Tunisien qui gagnait 130 euros par mois pour 48 heures par semaines en bouffant du couscous s’est trouvé concurrence par le chinois gagnant 50 euros par mois pour 60 heures par semaine en bouffant trois grains de riz. Le combat était trop inégal. Chômage, chômage. Comme l’argent maffieux ne revenait pas en Tunisie mais préférait Londres ou Paris, plus de chômage, plus de chômage. C’était le libéralisme raconté à Ben Ali.

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