Même embarras de Jean Prunet, le directeur de cabinet de Gaston Flosse, le 11 juin 2010, devant le juge Redonnet : « C’est peut-être moi qui ai transmis cette demande [de surveillance] à André Yhuel, mais en tous cas je ne suis pas à l’initiative car je ne connaissais pas Jean-Pascal Couraud qui à l’époque n’était pas journaliste » , déclare le supérieur hiérarchique d’André Yhuel. « Pensez-vous que c’est donc Gaston Flosse qui a demandé la surveillance de Jean-Pascal Couraud ? » , l’interroge le magistrat. « Je n’ai pas de souvenir précis , répond Jean Prunet, ce n’est qu’au moment de l’enquête que j’ai appris qu’il faisait l’objet d’une filature, même si j’ai dû le savoir sur le moment, mais je ne m’en souvenais plus. Si j’ai donc transmis la demande de surveillance de Jean-Pascal Couraud à André Yhuel, ce ne peut-être qu’à la demande de Gaston Flosse (…)Je n’ai aucun souvenir, ni de l’ordre de cette filature, ni des retours de cette filature (…)Cela peut vous paraître incroyable, mais les seuls souvenirs sur Jean-Pascal Couraud, je les ai reconstruits postérieurement à 2004 à partir des éléments communiqués par les médias.»

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Quant à Félicien Micheloni, il a d’abord commencé par minimiser les filatures sur JPK, qui étaient censées ne pas être liées avec ses activités. Entendu le 27 avril 2005 à la gendarmerie de Ghisonaccia, Micheloni explique que JPK« est certainement entré dans nos objectifs, mais pendant deux ou trois jours et seulement la journée. C’était surtout à travers une relation extra-conjugale de son épouse avec un homme politique (…)C’est plutôt à travers sa femme que nous avons vu JPK. » Quant au témoignage de l’ancien membre du SED, Sean Whitman, qui dit avoir suivi JPK à sa demande, Micheloni estime qu’« il s’agit certainement d’une initiative personnelle peut-être organisée par sa mère qui était dans le monde politique. »

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Une version contestée, sur procès verbal, par Sean Whitman : « Pour moi, Félicien Micheloni ment quand il dit que JPK a fait l’objet d’une filature par hasard. C’est lui qui nous a donné les ordres concernant cette filature. La femme de JPK ou son éventuel amant n’ont jamais été une cible de la cellule. Je n’ai jamais vu la femme de JPK. » Il réfute également avoir été « manipulé » par son entourage familial : «Ma mère faisait de la politique, elle n’en fait plus, et je n’ai jamais été sous influence. »

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Du coup, réentendu le 6 janvier 2006 par les enquêteurs en Corse, Félicien Micheloni développe cette fois une autre argumentation : « Je pense plutôt que JPK est entré dans nos objectifs à travers les surveillances exercées sur certaines mairies de l’île de Tahiti dont celle de Arue [administrée par Boris Léontieff auprès de qui travaillait JPK] et ce, pour savoir si des personnalités de la présidence [de Polynésie] s’y rendaient pour y divulguer éventuellement des informations (…) JPK a été vu à travers les surveillances exercées sur la mairie, mais en aucun cas JPK n’est entré directement dans nos objectifs » , assure Micheloni, pour qui, à l’époque, « JPK ne faisait pas l’objet de surveillance. » Micheloni qui se présente comme ayant à l’armée« appris à observer, ainsi qu’à renseigner (…)à étudier [son] environnement pour [se] protéger » dit tout ignorer des conditions de la disparition de JPK et explique n’avoir « jamais entendu » des membres du GIP évoquer cette affaire.

Devant le juge Redonnet, le 12 octobre 2010, Micheloni répète qu’on lui avait simplement « demandé de surveiller la mairie d’Arue [administrée par Boris Léontieff auprès de qui travaillait JPK], y compris Jean-Pascal Couraud, et de surveiller également l’entrée de Jean-Pascal Couraud. Cette surveillance était effectuée de 7 h du matin à 4 heures de l’après-midi. Je précise que je ne me suis jamais déplacé pour faire ces surveillances (…)On me demandait qui de la Présidence pouvait rencontrer le maire d’Arue ou quelqu’un de la mairie. En effet, Gaston Flosse avait la phobie des traîtres (…)Il fallait savoir qui de la Présidence pouvait aller à la mairie d’Arue pour rencontrer Boris Léontieff ou Jean-Pascal Couraud. »

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JPK est donc juste présenté comme une « cible indirecte », même si, désormais, Micheloni ne conteste plus que JPK ait pu être suivi par les services de Flosse. Mais sur la disparition de JPK, il répète qu’il ne sait rien : « Je ne sais pas ce qui est arrivé à Jean-Pascal Couraud. » Selon lui, la filature de JPK« a duré un mois, voire un peu plus. Sa surveillance a dû commencer en octobre [1997] et s’est arrêté en novembre » , soit un mois avant sa disparition.

Pourtant, Sean Whitman (qui confirmera ses déclarations lors d’une confrontation avec deux autres anciens membres du SED, le 25 février 2010) est très clair sur le fait que JPK était toujours sous surveillance au moment de sa disparition, le 15 décembre 1997 : « On s’est rendu compte qu’il y avait un problème car pendant deux jours, nous ne l’avons pas vu, et quelqu’un a vu les allers et retours des gendarmes, explique Sean Whitman, et nous avons décidé sur ordre de Félicien [Micheloni] de dégager. Je crois que pendant ces deux jours, un des gars surveillait en bas de la maison et moi j’étais à la mairie car on ne savait pas où il était. » Autre élément : Sean Whitman explique que les « gros bras » du GIP (le groupement d’intervention de la Polynésie, l’ex-flottille territoriale) ne travaillaient pas directement avec lui : « Les hommes du GIP ne sont pas discrets en général, et je ne les ai jamais vu sur des filatures. De plus, on avait des consignes précises de la part de Félicien [Micheloni] , c'est-à-dire de ne pas fréquenter les gars du GIP. »

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Lors de son audition par le juge Redonnet, au Pôle financier de Paris, le 12 octobre 2010, l’avocat de la famille Couraud, Me William Bourdon interroge directement Micheloni : « Excluez-vous complètement que Jean-Pascal Couraud ait été assassiné ? » « Je l’exclue par le SED » , répond l’ancien membre de la DGSE. Nous n’avons rien à voir dans la disparition de Jean-Pascal Couraud. Vous pouvez enlever mon nom dans cette affaire. » Pour Micheloni, l’affaire JPK se résumerait à une piste d’ordre privé : « La vérité est ce qui s’est passé le soir du 15 décembre à la maison chez lui , dit-il. Pourquoi l’amant était-il à la maison ? » , faisant ainsi allusion à un ancien proche de JPK devenu, à l’époque, l’amant de son épouse.

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