Vous cherchez peut-être des cadeaux à offrir, peut-être des livres de photos? Ce secteur de l'édition se porte bien dans un milieu en crise et l'offre est importante, souvent séduisante. Voici donc trois livres qui ont en commun une plongée dans des communautés et dans l’intimité des membres qui les composent.

"Watching TV" coûte 40 euros. Il est signé d’un français, Olivier Culmann, qui est allé dans le monde entier photographier des gens qui regardent la télé, aux Etats-Unis, en Chine, au Mexique, en Inde, en France… C'est passionnant de regarder les autres regarder la télé, de constater l’état d’hypnose dans lequel vous place le petit écran, d’observer la manière dont le corps se déplie ou s’affale et surtout, de rentrer chez les gens, dans leur cadre de vie, leur intimité. En couverture, un couple indien. Elle et lui ont tous les deux la tête qui repose sur une main, devant la télé, comme si ce moment traduisait l'incroyable mimétisme du vieux duo. En Arizona, une mère et sa fille regardent un film, la mère porte sa main à sa bouche, elle a peur. Cet homme allongé sur son lit dans une chambre d’hôtel à Narbonne, semble hébété, il apprend la réélection de Bush en 2004, il garde la bouche ouverte.

Vous êtes à la fois dans le monde entier et dans la bulle des téléspectateurs. On se demande comment Olivier Cuhlùman a réussi à ce point à se faire oublier, car ses sujets sont vrais, surpris dans un moment de solitude, face à la télévision. Très bel ouvrage, ces images pudiques aux couleurs chaudes et douces.

Watching TV, Olivier Culmann, de Tendance Floue, chez Textuel.

- Un grand livre: « Les Gitans » de Joseph Koudelka, l’un des plus grands photographes tchèques : ses photos de Prague en 68 assaillie par les chars soviétiques sont des photos cultes. Ces images de gitans en noir et blanc sont presque des icones, elles datent des années 60 et le livre de 68. Mais cette maquette n’avait jamais été publiée car, entre temps, Koudelka a fui la Tchécoslovaquie en 70. Sublime travail, avec un papier exceptionnel. Le photographe a rencontré des gitans dans plusieurs pays, entre 62 et 71, la Tchécoslovaquie, la Roumanie, la Hongrie, la France, l’Espagne... On devine à quel point il s’est immergé pendant des mois dans cette communauté marginale, à quel point il s’est impliqué dans leur vie, puisqu’il est évident que les gitans lui donnent beaucoup. Ils ont confiance. Une famille pauvre assise autour d’une table, avec une petite fille qui fait ses leçons, une grande dignité s'impose. Une mère et une fille qui tiennent dans les mains la photo encadrée d’un jeune garçon mort, des enfants joyeux à l’école ou d’autres la nuit qui jouent avec un couteau, seuls dans une rue déserte. Intérieurs vides et désolés, extérieurs sans soleil et pourtant la vie qui jaillit, avec des sourires, de la musique, totues sortes de fêtes. Les cadres sont magnifiques, comme les images aux noirs mats et profonds. On comprend en feuilletant ce beau livre d’un compagnon de voyage des gitans que ces images aient été et soient encore des exemples pour des générations de photographes, un peu comme les photos cartier bresson ou de Diane Arbus.

« Gitans », chez Delpire, 55 euros.

Je termine cette sélection subjective par un petit livre qui en contient deux.

Dans une pochette, il y a dans un petit livret, les photos qu’on trouve dans le livre de Claude Lévi Strauss, "Tristes Tropiques". Cette tribu de brésiliens nus, souvent, vivant dans la nature, au milieu des animaux. Et dans un autre livret, il y a le travail de Laurence Aëgerter qui a photographié exactement de la même manière, des néerlandais d’aujourd’hui. Elle a pris comme sujet les habitants d’un village des pays bas, comme Levi Strauss a photographié les Brésiliens en 55. C’est un fac similé, mêmes pauses, mêmes cadres, mais avec des contemporains blonds pour la plupart, de type scandinave. Comme dans "Tristes Tropiques", 63 photos en noir et blanc qui sont une reconstitution méticuleuse des photos que l’on connaît. La démarche est drôle et assez fascinante, au-delà du jeu, on retrouve cette façon qu’avait Lévy-Strauss de rentrer dans l’intimité d’une tribu méconnue et de s’attarder sur l’expression humaine. Ca s’intitule "Tristes Tropiques, illustrations hors textes", aux (excellentes) éditions Filigranes.

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