[scald=85171:sdl_editor_representation]par Elizabeth Pineau et John Irish

PARIS (Reuters) - François Hollande mènera une politique étrangère "claire, constante et fiable", à mille lieues des "sautes d'humeur" de Nicolas Sarkozy, assure Jean-Louis Bianco, chargé de réfléchir aux orientations diplomatiques du candidat socialiste.

Traditionnellement peu abordées en campagne présidentielle, "même si l'Europe est quasiment devenue un sujet de politique intérieure", souligne-t-on dans l'équipe du député de Corrèze, les questions internationales sont étudiées au PS dans la perspective d'une arrivée au pouvoir en mai.

Outre Jean-Louis Bianco, ancien secrétaire général de l'Elysée et ex-directeur de campagne de Ségolène Royal en 2007, le discret Pascal Brice, conseiller diplomatique du candidat, et les anciens ministres Jack Lang, Elisabeth Guigou et Catherine Trautmann planchent, entre autres, sur le sujet.

Si François Hollande entre à l'Elysée, "la différence avec Nicolas Sarkozy sera évidente : on aura un président normal, qui mènera une politique extérieure claire, fiable, constante, 'anti-bling bling'", a dit Jean-Louis Bianco à Reuters.

"Il sera très rassurant d'avoir quelqu'un qui a une ligne, une constance", a-t-il expliqué.

"La forme est capitale en politique étrangère", insiste le député, pour qui "la maladresse et les sautes d'humeur" de Nicolas Sarkozy, qui présentait ce vendredi ses voeux au corps diplomatique, ont beaucoup nui à l'image du pays.

A part un déplacement en Tunisie en mai 2011 et plusieurs sauts de puce en Europe, François Hollande s'est peu déplacé à l'étranger ces derniers mois.

Il devrait prochainement se rendre à Londres, au Danemark, qui préside actuellement l'Union européenne, et en Allemagne, où il espère voir la chancelière Angela Merkel.

"ON ARRÊTE LA GESTICULATION"

Comme l'a plaidé François Hollande devant le congrès du parti social-démocrate en décembre à Berlin, les socialistes français espèrent faire évoluer les Allemands sur l'idée de donner un rôle accru à la Banque centrale européenne et celle des euro-obligations pour mutualiser la dette, "qui coûteraient moins cher à l'Allemagne qu'un énième plan de sauvetage pour sauver la Grèce", souligne Jean-Louis Bianco.

S'il reste "pessimiste sur une politique étrangère européenne", il plaide pour une plus grande concertation à 27.

"Si on arrête la gesticulation et si on recherche des convergences, il est possible de trouver des solutions avec tout le monde. Et, à défaut, s'entendre avec les principaux pays", dit-il.

Parmi les priorités qui attendent le futur président, Jean-Louis Bianco note l'importance de "rétablir des relations de confiance avec les pays arabo-musulmans", après les printemps arabes qui ont fait naître un mélange d'espoir et de doute quant à l'attitude des islamistes portés au pouvoir par la population.

"Il faut donner du temps au temps, comme disait François Mitterrand", dit-il. "Il faut se dire entre quatre yeux quelle relation on veut, éviter toute ingérence et avoir une réponse européenne".

Jean-Louis Bianco, cité parmi les possibles futurs ministres des Affaires étrangères, plaide aussi pour une relation "plus équilibrée" avec Israéliens et Palestiniens après une période trop favorable à son goût aux thèses de l'Etat hébreu.

S'ils arrivent au pouvoir, les socialistes devront composer avec la colère de la Turquie après le probable vote lundi par le Sénat du texte pénalisant la négation du génocide arménien.

RÉCHAUFFER LES RELATIONS AVEC MEXICO ET ANKARA

Jeudi soir à Nantes, François Hollande a expliqué pourquoi il avait voté ce texte à l'Assemblée.

"Je ne l'ai pas fait pour blesser la Turquie", a-t-il dit lors d'un débat public. "Chacun dans son histoire, y compris la nôtre, a des taches, en tout cas des ombres".

Outre la Turquie, Jean-Louis Bianco signale un nécessaire réchauffement entre Paris et l'autre prochain président du G20, le Mexique, avec lequel les relations sont empoisonnées par l'affaire Florence Cassez, Française emprisonnée à Mexico.

Il plaide pour un travail approfondi avec les pays émergents comme l'Inde "qui se sent oubliée par la France", et le Brésil qui peut d'ailleurs, comme la Turquie, aider à débloquer le dossier du nucléaire iranien.

"Reparler sérieusement avec la Turquie et le Brésil sera un moyen de trouver une porte de sortie", pense-t-il.

Aux yeux de Jean-Louis Bianco, la "constance" de François Hollande sera aussi très utile dans les relations avec la Chine, où il invite à "s'inspirer d'Angela Merkel qui reste ferme sur les droits de l'homme et le Tibet mais qui ne change pas de position, alors que la France passe d'une position maximaliste à la carpette, ce qui engendre le mépris".

"Ne pas insulter, ridiculiser ni faire perdre la face" sont à ses yeux les maîtres mots face à un pays "où la situation politique est plus compliquée qu'on ne le croit, pas du tout monolithique, avec de vifs débats".

Si François Hollande est élu, l'un de ses premiers rendez-vous sera le sommet de l'Otan des 20 et 21 mai à Chicago.

Comme son collègue chargé de réfléchir aux questions de défense Jean-Yves Le Drian, Jean-Louis Bianco ne juge pas utile de revenir sur la réintégration de la France au sein du commandement intégré de l'Otan.

Edité par Yves Clarisse

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