Vladimir Poutine a remporté dès le 1er tour l'élection présidentielle avec environ 64% des voix. L'homme fort de la Russie retrouve donc le Kremlin et un poste qu'il avait occupé de 2000 à 2008. Après l'intermède Dimitri Medvedev, Poutine revient aux commandes du pouvoir mais il doit faire face à une contestation nouvelle.

L'élection de Vladimir Poutine n'a pas éteint la vague de contestation en Russie mais l'opposition encaisse tout de même le coup. Moins d'une semaine après le scrutin, des milliers d'opposants ont de nouveau défilé samedi 10 mars, mais la mobilisation était bien plus faible que lors des derniers rassemblements. A Moscou, les organisateurs revendiquaient 25.000 personnes et la police en a compté 10.000. A l'évidence, la victoire de Poutine a touché le moral de nombreux manifestants, et dans les rangs de l'opposition, on réfléchit désormais aux suites à donner à ce mouvement lancé à l'automne.

Ilana Moryoussef, dans le défilé de Moscou

### Les observateurs internationaux réclament des enquêtes sur les fraudes présumées

Pour les observateurs de l'OSCE, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l'élection présidentielle russe a été clairement biaisée en faveur de Vladimir Poutine.

Les observateurs indiquent dans un communiqué qu'"l n'y a pas eu de vraie concurrence et l'abus de fonds gouvernementaux fait qu'il n'y a jamais eu de doute sur le nom du vainqueur". "Les conditions ont été clairement biaisées en faveur d'un candidat, le Premier ministre Vladimir Poutine".

Les remarques de l'OSCE sont proches de celles de l'opposition russe.

Ilana Moryoussef

L’opposition à manifesté dans plusieurs villes du pays, dont Moscou (17 000 personnes Place Pouchkine) ou Saint Petersburg (1.500 opposants qui scandaient des slogans comme "Honte à Poutine !").

La police n’est pas restée inactive, puisqu’au moins deux cent opposants ont été interpellés dont Edouard Limonov.

Bertrand Gallicher

Les résultats

Vladimir Poutine a remporté dimanche l'élection présidentielle russe dès le premier tour avec près de 64% des voix, selon le dépouillement de la quasi-totalité des bulletins. L'actuel chef du gouvernement russe, déjà président de 2000 à 2008, est élu pour un mandat de six ans. Il succède à Dmitri Medvedev. Les résultats officiels du scrutin seront diffusés lundi.

Iliana Moryoussef, à la sortie des urnes

Les candidats

L'accès à la candidature à l'élection présidentielle russe est possible à partir du moment où le candidat potentiel réunit deux millions de signatures réparties dans les 83 régions du pays. Une fois ces signatures acquises, une commission électorale valide les signatures. SI plus de 5% de ces soutiens sont disqualifiés pour des raisons de forme par exemple, la candidature est rejetée. Ils sont cinq aujourd'hui à soumettre leur candidature :

  • Vladimir Jirinovski : le président du parti LPDR est le candidat nationaliste. Ancien du KGB, il fonde en 1990 le parti libéral-démocrate, un parti xénophobe aux déviances antisémites. Il défend le retour à un Etat autoritaire et expansionniste. Pendant la campagne électorale de la présidentielle de 2008, Vladimir Jirinovski a promis une distribution générale de vodka s’il était élu.

  • Mikhaïl Prokhorov : l'homme d'affaire multimilliardaire est la troisième fortune de Russie. Il préside un fond d'investissement lié au secteur minier et aux voitures électriques et hybrides. Il se lance à la conquête de la présidence en indépendant. Libéral, pro-européen, il a été désavoué par Vladimir Poutine après avoir proposé l'intégration de la Russie à la zone euro, la fin du service militaire obligatoire et l'ouverture des archives de la Russie sous Staline.

  • Guennadi Ziuouganov : le président du KPRF est le candidat communiste de l'élection. Il voue une admiration sans failles à Staline et se présente pour la quatrième fois fois à l'élection présidentielle. Il rassemble le vote protestaire des déçus du Poutinisme et défend les idéaux de l'Etat soviétique : une politique anti-cléricale, la gratuité de l'école et des hôpitaux et la nationalisation des ressources du pays.

  • Vladimir Poutine : le président du gouvernement et président de Russie unie est le favori à la succession de Dmitri Medvedev. Voir la chronologie des années Poutine

  • Sergueï Mironov : le président du parti Russie juste est un ancien soutien de Vladimir Poutine. Il se lance dans la politique en 1994. il devient en 2000, après la première victoire de Poutine à la présidentielle, vice-président de la Douma, l'assemblée nationale russe. Il y a six ans, il crée son parti "Russie juste" qui a fait une percée auxlégislatives de décembre 2011.

Les enjeux de l'élection

Les enjeux de l'élection par Iliana Moryoussef

Vladimir Poutine a tenté de prendre en compte la contestation montante depuis les législatives du 4 décembre 2011 entachées de fraudes présumées. Il a pris des mesures pour renforcer la surveillance dans les bureaux de vote (150.000 observateurs russes vont surveiller les bureaux de vote) et prend soin de ne pas employer de techniques de pressions trop ostensibles. Pourtant, selon l'ONG Golos, une association qui fonctionne sur des fonds occidentaux :

La seule différence entre cette campagne électorale et celle de l'automne 2011 est que les techniques de pression sur les électeurs s'organisent avec plus de prudence, avec une plus grande crainte de révélations et de scandales publics

Trois médias plutôt critiques à l'égard du pouvoir, la chaîne de télévision Dojd, la radio Echo de Moscou et le journal Novaïa Gazeta affirment ainsi avoir subi des pressions.

Des débats électoraux sont organisés depuis le début de la campagne. Vladimir Poutine refuse pourtant d'y participer affirmant être trop pris par la gestion du pays. Il devrait être élu dimanche, possiblement dès le premier tour. L'enjeu principal réside dans la capacité de mobilisation de l'opposition russe qui continue à critiquer l'omnipotence du pouvoir.

L'analyse de Vladimir Pozner, historien et journaliste

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