Saint-Julien-sur-Suran, 460 habitants, s’apprête à accueillir un centre de réinsertion de 120 détenus. Le village du Jura est divisé. Le projet fait peur à certains habitants de la commune, là où d’autres le voient comme l’unique moyen de redynamiser un village vieillissant.

Malgré une population de 460 habitants, Saint-Julien est un chef-lieu de canton, l’un des plus petits de France. Le village est minuscule. Mais il a su garder l’essentiel, ses commerces. Un boulanger, un boucher de 73 ans (!), une pharmacie, un garage. Et un groupe scolaire : huit classes il y a deux ans, mais six pour la rentrée prochaine. Car le mal de Saint-Julien est là. Sa population vieillit, ne se renouvelle pas, ce que certains appellent la petite mort de Saint-Julien.

Le projet de prison a été présenté à la commune en juin dernier

Pierre Botton est venu à Saint-Julien pour une réunion d’information. Il a donné les grandes lignes de son idée : un centre de réinsertion par le travail où les détenus pourront travailler et recevoir un salaire décent. Un centre où il n’y aura ni miradors, ni béton. Les détenus logeront par deux, dans des bungalows en bois.

Gérard Guyot
Gérard Guyot © Radio France

Il y aura 120 détenus, âgés au maximum de 35 ans. Ce seront des primo-délinquants, condamnés à une peine inférieure à cinq ans, donc pas de crimes sexuels ou crimes de sang. Un centre commercial ouvert au public devrait être adossé à la prison, et ce sont les détenus en fin de peine qui serviront les clients (selon la description initiale du projet, mais qui n’est pas finalisée). Les détenus travailleront également au sein de l’établissement, pour des salaires "identiques" à ceux de la vie normale.

La mairie organise ensuite d’autres réunions d’informations dans ce village qui se déchire autour de ce projet. Pour le maire, Gérard Guyot, c’est une chance pour Saint-Julien et le canton. Une chance de voir des emplois se créer, on parle de 80 postes.

Gérard Guyot

Pour les opposants le projet est trop flou

A la fin de l’an dernier, le ministère de la Justice annonce sa décision. Ce sera Saint-Julien-Sur-Suran. Mais pour les opposants au projet, c’est le flou qui entoure le projet qui domine et donc inquiète. Ils se sont regroupés dans une association « Petite Montagne Espace de Libertés ». Ils estiment ne pas avoir assez d’informations, notamment sur le financement du projet.

Denis Baillet
Denis Baillet © Radio France

Initialement, la prison-modèle devait coûter 10 millions d’euros mais, affirme un opposant, « lors de la réunion d’information, on a parlé de 15 millions ». Selon lui, il manque surtout un engagement sérieux de la part du Ministère de la Justice.

Cet opposant s’inquiète de l’arrivée de grands groupes privés, qui par leur fondation s’engagent à dispenser des formations aux prisonniers (M6, Carrefour, Bolloré, FNAC sont partenaires du projet comme indiqué sur le site de l’association de Pierre Botton).

Il s’inquiète du côté « démesuré » du projet, et ses 120 détenus, et de l’image néfaste qui risque d’avoir le village désormais.

Denis Baillet est le président de « Petite Montagne Espace de Libertés »

L’ambiance n’est pas très bonne à Saint-Julien. Les pros reprochent aux antis de « foutre la trouille aux anciens en distribuant des tracts dans les boites aux lettres » . Les antis reprochent aux pros d’être naïfs et de se laisser manipuler.

Des aînés du village ont refusé de retirer leur colis de Noël, un contre-réveillon a été organisé pour "boycotter" celui organisé par la mairie.

Raymond Despré, ex agriculteur

La mairie va organiser une consultation

Elle est prévue le 11 mars. Mais ce n’est pas un referendum, elle n’aura qu’une valeur consultative. « Alors pourquoi s’y prendre ainsi ? », se demande Denis Baillet, « si la décision de faire le projet est déjà prise ».

Un autre opposant, Hervé Bellimaz, avec sa longue barbe blanche, s’en prend à qu’il appelle « cette méthode brutale », car le maire menace d’exproprier le terrain sur lequel une partie de la prison doit se construire.

Gérard Guyot, le maire élu depuis 2008, s’en défend. « Le propriétaire en attend un prix parisien. Moi je ne défends pas mon intérêt personnel, mais l’intérêt collectif ». Il est d’ailleurs soutenu par les acteurs économiques de Saint-Julien, dont Florent Ioni, le président de la coopérative de fromage de Saint-Julien, qui travaille avec 23 fermes du canton.

Florent Ioni

Saint-Julien pris dans une querelle politique locale

C’est une conseillère générale UMP qui a porté le projet, Hélène Pélissard, femme de Jacques Pélissard, président de l’association des maires de France. Les opposants au projet lui reprochent de vouloir accélérer sa carrière avec cette prison. Son siège risque de disparaître dans le futur redécoupage des collectivités locales.

Du coup, le président PS du conseil général du Jura promet qu’il ne donnera pas un centime au projet. « Il dit ça parce qu’il aimerait que la prison vienne sur son canton », dit un habitant de Saint-Julien. Loin de donner l’exemple, les ténors politiques locaux électrisent encore un peu plus le climat.

Et puis il y a la personnalité et le passé de Pierre Botton, qui pose problème aux opposant à sa prison. Saint-Julien n'est qu'à 120 kilomètres de Lyon, et quelques Lyonnais y possèdent des maisons secondaires. Pour certains d'entre eux, le nom de Pierre Botton n'évoque rien de bon

panneau "Non"
panneau "Non" © Radio France
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