Créé en 2010, le Mouvement national pour la libération de l'Azawad est une organisation touarègue qui a pour objectif l'indépendance du Nord-Mali, soit les régions de Tombouctou, de Gao et de Kidal. Pendant deux mois, entre mars et avril, le MNLA a contrôlé la région de Kidal, les villes de Tombouctou et de Gao et les zones des régions de Tombouctou et de Gao située au nord du fleuve Niger.

Les combattants touaregs ont combattu aux côté du Colonel Kadhafi pendant la guerre en Libye. Ils sont ensuite redescendus dans leur région d'origine où ils mènent une guerre d'indépendance équipés des armes fournies par l'ancien dictateur.

La zone touarègue
La zone touarègue © Idé / Idé

Comprendre la question touarègue par Sébastien Laugénie

Pour aboutir à l'indépendance de leur territoire, les Touaregs se sont alliés en mai 2012 avec des rebelles d'Ansar Dine, un mouvement islamique radical touareg soutenu par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) .Selon un porte-parole du MNLA Mohamed Ag Attahe :

L'accord conclu prévoit la fusion des deux mouvements, le MNLA et Ansar Dine, pour créer un Etat indépendant islamique.

Le MNLA a concédé à ses alliés islamiques le statut du futur Etat. A l'origine, il voulait mettre en place un Etat laïc touareg indépendant. Conséquence, le discours change quelques semaines. Les Touaregs affirment désormais vouloir appliquer la charia (loi islamique), mais pas sous une forme stricte. Selon Moussa Ag Acharatoumane, un autre porte-parole du MNLA.

Le Coran sera une source d'inspiration pour les lois de l'Etat. Mais nous appliquerons ce que nous voulons et laisserons de côté ce que nous ne voulons pas. Il ne s'agira pas d'une application stricte de la loi

Pour comprendre les motivations du MNLA, un reportage diffusé par ARTE le 29 juin 2012

Dès les premières semaines qui ont suivi l'accord, les premiers accrocs entre les deux alliés de circonstance commencent. Des coups de feu sont échangés, les rebelles touaregs d'Ansar Dine tentant de désarmer les combattants du MNLA. D'autres combats ont lieu dans plusieurs villes du Nord-Mali entre le Mujao, une dissidence d'Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le MNLA. Des manifestations de femmes touarègues opposées à la charia sont dispersées par les islamistes. Ces même femmes non voilées sont persécutées par les milice islamistes. Des accrochages se produisent aux alentours des mosquées. Des voleurs sont mutilés, des couples adultères sont lapidés. Plusieurs mausolées de saints célébrés par les Touaregs sont incendiés ou détruits, des sites classés pour certain au Patrimoine mondial en péril de l'Unesco.

Sadou Diallo est le maire de Gao. Il dénonce les horreurs des groupes islamiques. Il répond aux question d'Omar Ouahmane

Fin juin 2012, les islamistes liés à Aqmi évincent les Touaregs du MNLA et affirment tenir le Nord-Mali. Selon Oumar Ould Hamaha, un responsable d'Ansar Dine basé à Tombouctou,

Nos hommes contrôlent les trois villes du nord du Mali. Les hommes du MNLA se sont tous enfuis. Nous avons décidé de ne pas les poursuivre. (...) Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'ils ne sont même plus dans les faubourgs de la ville.

De leur côté, les Touaregs refusent de s'avouer vaincus. Trahis par leurs alliés islamistes, ils décident de mettre de côté leurs prétentions sur le Nord-Mali. Selon Ibrahim Ag Assaleh, l'un des dirigeants du MNLA :

Nous aspirons à une indépendance culturelle, politique et économique mais pas à la sécession. Ce serait quelque chose comme le Québec.

Le Québec africain est aujourd'hui tenu par des groupes islamistes dont certains touaregs comme Ansar Dine. Les Touaregs du MNLA ont été évincés de la coalition rébelle qu'ils ont initiée et ne seraient pas opposés à une intervention étrangère pour chasser les groupes liés à Aqmi. Leur objectif est désormais de récupérer un bout de terre, loin de leurs ambitions premières. Ils sont actuellement retranchés à Ménaka, une ville frontalière entre le Mali et le Niger.

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