« Morte, je peux encore écrire », lançait Duras à la fin de sa vie. La romancière revit avec la sortie dans la Pléïade de 2 volumes compilant de façon chronologique ses romans, ses pièces de théâtre, ses scénari (l'ensemble de l'oeuvre écrite à l'exception des articles de presse). Deux autres tomes suivront en 2014.

C’est une bonne nouvelle :

enfin, du temps a passé, enfin, on se débarrasse de l’encombrante figure de l’écrivain, carricature d’elle-même, qu’elle avait imposé à la télé dans les années 80. La Marguerite Duras en sous pull et bottines qui se trouvait supérieurement intelligente (et qui l’était, cela dit, mais le disait un peu trop fort), la Duras se mêlant de tout, de cuisine, de l’actualité, du petit Grégory, osant ces mots sur Christine Villemin qu’elle imaginait coupable: « sublime, forcément sublime ». Oubliés, les excès de Duras, pour ne retenir que ça : elle fut un écrivain majeur du 20è siècle. On les dévore ces retrouvailles avec une œuvre abondante et variée, cette vie de recherche sur la transmission par l’écrit du souvenir et du sentiment.

On dévore, comme Duras elle même était dévorée par l’écriture. La romancière aimait le mot : écrivain. Gilles Philipe le rappelle dans sa brillante préface. Même quand elle tourne un film ou écrit une pièce, Duras est soucieuse d’abord de la langue. Même ses images passent par des mots, ses mots trouvés en s’acharnant à son bureau dans cette épouvantable solitude de l’activité d’écrire.

En commençant la lecture de la Pléiade par les premiers romans, « les Impudents », « la Vie tranquille » et en avançant peu à peu vers « l’Amante anglaise » ou « India Song », vous constatez à quel point la romancière a évolué, d’une écriture classique influencée par ses lectures, Flaubert, Musil, Sartre à ce qu’elle va appeler son « écriture courante ». Elle s’oriente au fil des œuvres vers cette musique, souvent pastichée, les fameux silences de Duras, vers la fin du récit, vers le conditionnel qui apparaît en 62 dans « l’Après-midi de Monsieur Andesmas ».

Ces écrits durassiens qui s’enchaînent dans la Pléïade rappellent que la romancière crée des liens, des ponts, dans son œuvre. Des textes se répondent en se transformant. Elle cycle et elle recycle. D’un roman, elle fait une pièce ou un film. D’une pièce, elle écrit un roman.

1950 : « le barrage contre le pacifique ». Chef d’œuvre, qui en 1977 devient la pièce « l’Eden cinéma ». L’œuvre circule, reprend, approfondit, détourne.

Dans ces films, Duras aime convoquer des voix, « India Song ». Les mots, les voix off, se mettent à compter plus que les images ou les personnages. Du coup, son expérience du cinéma l’amène à changer sa manière d’écrire des livres, surgissent plus de voix que d’histoires. L’oralité devient son écriture.

Offrez-vous un voyage dans le ravissement de la parole de Marguerite Duras.

Marguerite Duras, La Pléïade, Gallimard, 2 tomes, 120 euros jusqu'en février. "Le Magazine littéraire" consacre un dossier à Duras.

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