La politique du Tweet

Par Laura Fajwisiewicz, JDLP à Paris

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"La politique est une compétition », dixit Stéphane Fouks . Le directeur général d’Euro RSCG répondait en ces termes aux trois JDLP qui l’interrogeaient sur la question le 17 décembre dernier. Et pour gagner cette compétition, tous les moyens soient bons. Les cellules grises exploitent les outils de communication à disposition; et la nouvelle arme absolue serait les réseaux sociaux. Ces jours-ci, les acteurs de la campagne présidentielle ne jurent que par Twitter.

Avec pour slogan, « le meilleur moyen de découvrir ce qu’il se passe dans votre monde », Twitter offre en réalité à quiconque le moyen de diffuser des informations. Seule contrainte, le format du message baptisé tweet ne doit pas dépasser les 140 signes . On peut s’abonner aux actualités d’une personnalité pour suivre en temps réel ses moindres faits et gestes. Initialement, une forme innovante mais malheureusement très vite instrumentalisée par les hommes politiques.

Il n’est pas nécessaire de s’être rendu sur Twitter ces derniers mois ou même d’y être inscrit pour connaître les buzz autour des personnalités politiques : informations relatives à leurs vies privées, coulisses d’une interview ou d’un meeting et surtout offensives en règle sur le camp adverse ; une méthode particulièrement en vogue. Dans compétition, il y a « gagner » et « perdre », et l’on peut gagner en salissant l’adversaire.

Ces « pics » auraient une puissance de feu à en croire les hommes politiques utilisateurs de cette bonne vieille méthode qui consiste à remettre en cause les compétences d’un candidat, la façon dont il dirige sa campagne, voire même son physique. Par des tweets , on discrédite son adversaire, on cherche à le ridiculiser, comptant sur la force de frappe de Twitte r pour amplifier le propos.

Les exemples sont déjà nombreux. Nadine Morano , utilise la métaphore du pédalo de François Hollande à de nombreuses reprises sur le réseau social : #Hollande devrait changer de slogan, mais pour un capitaine de pédalo, un slogan bateau c’est normal… , ou bien encore Benoit Hamon , cette fois dans un autre style: On murmure que F Fillon serait atteint de #Datite, une autolyse qui consiste à essayer d’écraser en vain un ex-égérie de son gouvernement.

Bien entendu,Nadine Morano ou Benoit Hamon ne sont pas les seuls protagonistes de ce nouveau processus politique, comme le révèle le TenTweet de Sebastien Carbonnier le dimanche soir sur ce site.

Mais quelle déception de voir ces personnes choisies initialement pour défendre les intérêts de la nation s’attarder sur la rédaction de remarques provocatrice ! La France est au cœur d’une tourmente économique, le chômage atteint des sommets records, et la plupart des français, en ce début de campagne présidentielle, n’attendent plus qu’une seule chose : trouver celui qui sera apte à devenir leur nouveau président de la République en 2012.

Sont alors mises à l’écart les véritables questions qui devraient actuellement alimenter le débat politique. Et cette fois, on ne peut critiquer les journalistes qui ne retiendraient que les petites phrases. Ce sont les politiques eux-mêmes, leurs états-majors à partir de leur Smartphones qui animent ainsi la campagne. Ils n’utilisent pas la tribune qui leur est offerte à bon escient. A quelques mois de l’élection présidentielle, on peut penser qu’il s’agit là d’un phénomène dangereux.

Droite et gauche donnent au verbe « tweeter » une triste et décevante définition . C’est la politique qu’il est désormais temps de redéfinir. A moins qu’à minima, on lui redonne son sens originaire tourné vers la réalisation de l’intérêt général. Reste que les outils de communication soient utilisés au service de cet objectif !

Par Laura Fajwisiewicz, JDLP. Paris

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