Le scandale Lactalis ne cesse de s’étendre : on apprend ce jeudi, selon l’Institut Pasteur, que de nouveaux cas de contamination de nourrissons "ne sont pas à exclure" entre 2006 et 2016, avec la même souche de salmonelle que celle découverte dans l’usine de Craon (Mayenne), à l'origine des premiers cas révélés.

L'usine Lactalis de Craon (Mayenne), soupçonnée, entre 2006 et 2016, de nouveaux cas de contamination à la salmonelle sur des nourrissons.
L'usine Lactalis de Craon (Mayenne), soupçonnée, entre 2006 et 2016, de nouveaux cas de contamination à la salmonelle sur des nourrissons. © AFP / JEAN-FRANCOIS MONIER

Après la découverte, en décembre dernier, de traces de salmonellose relevées dans des laits infantiles sortis de l'usine Lactalis de Craon, et les révélations fracassantes parues quelques jours plus tard dans le Canard Enchainé, le dossier du géant laitier ne cesse de s'alourdir. 

Cette fois, c'est le centre de référence de salmonelle de l'Institut Pasteur qui enfonce le clou, avec des révélations faites auprès de la Cellule Enquête de Radio France : entre 2006 et 2016, le centre révèle que 25 nourrissons ont bien été contaminés à la salmonelle, par la même souche que celle à l'origine des deux contaminations de 2005 [140 nourrissons touchées] et de 2017 [37 nourrissons touchés], justement celle issue de l'usine Lactalis de Craon.

L'institut Pasteur a fait des recherches sur d'autres souches sur des adultes, sur des souches étrangères et il est catégorique : il s'agit de la même souche et donc "très  probablement" de celle de l'usine de Craon.

Le PDG de Lactalis se défend

Ces révélations interviennent au même moment où le PDG de Lactalis, Emmanuel Besnier, sort une nouvelle fois de son silence dans les colonnes du quotidien Les Échos, pour expliquer que cette crise "va coûter des centaines de millions" à son entreprise. Il y concède, qu'entre 2005 et 2017 : 

On ne peut pas exclure que des bébés aient consommé du lait contaminé

Emmanuel Besnier poursuit sa défense : "La bactérie responsable des problèmes est la même que celle de 2005, époque à laquelle nous n'étions pas propriétaire du site".

Au delà de cette question de souche de la bactérie, Emmanuel Besnier annonce aussi que la tour de séchage de l'usine de Craon en Mayenne, dans laquelle a été repérée la bactérie, sera définitivement fermée, et que des solutions de reclassement, dans un rayon de 50 kilomètres, seront proposées aux salariés qui y travaillent.

La défense des victimes s'organise

Après les propos du patron de Lactalis tenus dans la presse, l'Association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles (AFVLCS), dénonce, ce jeudi, dans un communiqué, "un scandale sanitaire d'une ampleur inédite" : "M. Besnier confirme dans son interview les suppositions que nous faisions depuis des semaines : l'usine est contaminée aux salmonelles depuis au moins 2005 par la même bactérie. Les produits fabriqués par cette usine depuis cette date pourraient avoir contaminé de très nombreux enfants sur plus d'une dizaine d'années". 

Il s'agit ici de plusieurs centaines de millions de boîtes concernées et de plusieurs centaines de milliers de tonnes de produits envoyés dans plus de 80 pays. C'est un scandale sanitaire d'une ampleur inédite

L'AFVLCS appelle toutes les familles dont des enfants ont déclenché une salmonellose depuis 2005 pendant qu'ils consommaient du lait du groupe Lactalis à se faire connaître.                    

"Ces éléments impliquent que le procureur de la République actuellement saisi de ce dossier devra investiguer sur des faits bien antérieurs à ceux évoqués jusqu'alors (…). Si nous tenons compte de la prescription applicable aux délits et de sa récente réforme, cela signifie concrètement que des faits remontants à l'année 2012 pourront faire l'objet d'une plainte à l'encontre de Lactalis devant Monsieur le Procureur de la République", affirme l'avocate de l'association, Me Jade Dousselin.        

Alors qu'Emmanuel Besnier semble vouloir remettre en cause la fiabilité des analyses menées par un laboratoire extérieur, l'AFVLCS juge "qu'il relève de la seule responsabilité de l'entreprise de tout mettre en œuvre pour que les produits qu'elle fabrique soient surs à 100%", et dit avoir "une nouvelle fois l'impression que Lactalis cherche à repousser ses responsabilités sur d'autres acteurs." L'Association, enfin, a demandé à être reçue par le groupe Lactalis.                                        

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